Héloïse Archambault
Le Journal de Montréal
La facture du panier d'épicerie est de plus en plus salée pour les consommateurs, une conséquence directe de la hausse du coût des aliments de 30 % depuis 10 ans au Canada.
"C'est vraiment plus cher", croit Dominique Leclerc, rencontrée dans un supermarché de la Rive- Sud près de Montréal.
"Pendant longtemps, mon épicerie me coûtait 50 $ par semaine. Maintenant, c'est au moins 60 $ ou 70 $, ajoute Gisèle Saint-Arnaud. Et je n'ai pas changé mes habitudes."
Les statistiques des prix des aliments confirment une tendance que bien des consommateurs ont certainement remarquée depuis quelques années : le panier d'épicerie coûte plus cher.
Hausse de 30 % depuis 2002
Depuis l'an dernier seulement, le coût des aliments a augmenté de 5,2 %, indiquent les récentes données émises par Statistique Canada.
Parmi les plus importantes hausses, le coût de la farine, des oeufs et des pommes de terre a grimpé de 15 % en 2011, par rapport à l'an dernier.
"Les poutines vont coûter plus cher", ironise Sylvain Charlebois, chercheur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université de Guelph, en Ontario.
Depuis 2002, les prix ont même augmenté de 29,4 %, relate ce spécialiste.
"Ce n'est pas compliqué, tout est plus cher. L'ère où l'alimentation était abordable est terminée, dit-il. Par contre, il faut dire qu'il y a un certain rattrapage. Dans les années 1990, les aliments étaient très peu chers."
À titre d'exemple, le prix du pain a bondi de 81 % depuis 10 ans, et celui des pâtes de 55 %.
Changer ses habitudes
Afin de compenser cette hausse, plusieurs consommateurs rencontrés disent avoir modifié leurs habitudes.
"Je regarde les prix et je cuisine selon les rabais, avoue Sylvie Douesmard, une mère d'une famille. Ce n'est pas qu'on n'a pas les moyens de payer, mais je ne veux pas dépenser pour rien."
"Avant, je ne regardais jamais les spéciaux, mais maintenant, je découpe les coupons et j'achète selon les rabais, ajoute Dominique Leclerc. J'ai aussi arrêté d'acheter des produits biologiques. C'est dommage, mais c'est rendu trop cher."
Du côté de l'Association coopérative d'économie familiale de l'est de Montréal, l'impact de la hausse des prix sur les gens démunis est tangible.
"L'épicerie est souvent ce qui passe après tous les frais fixes, donc ils vont couper dans la quantité de nourriture ou dans la qualité, explique Anne-Marie Millaire, conseillère budgétaire. C'est sûr qu'ils sont plus affectés que les autres."
Un peu de répit en 2012
Les consommateurs devraient toutefois profiter d'un répit l'an prochain. Selon Sylvain Charlebois, l'augmentation du coût des aliments ne devrait pas dépasser 2 % en 2012.
"Il y a plusieurs facteurs qui entrent en ligne de compte, dont le ralentissement de l'économie mondiale, la baisse du coût du transport et la force du dollar canadien."