Caroline Pailliez
Argent
Les grands cônes orange coûtent plus cher que ce que l’on croit. Plus que leur coût unitaire de 100 $, ils s’accompagnent d’une expertise en gestion de la circulation, que les entreprises de signalisation facturent entre 5 et 15 % du coût total du chantier.
Les fabricants ou les loueurs de panneaux de signalisation fournissent aux entreprises de construction routière des solutions clés en main de gestion de la circulation. Sur les 3,9G$ investis par le gouvernement, ce sont donc entre 195 000 et 585 000 $ qui sont utilisés chaque année pour éviter les congestions et assurer la sécurité des travailleurs.
« La plupart des entreprises de construction sous-traitent ces services à des spécialistes de la signalisation, car il faut pouvoir répondre très précisément aux conditions imposées par le ministère des transports », explique Rock Legault, président de SignoTech.
« Grâce à nos services, les entreprises de construction peuvent mieux se concentrer sur leurs chantiers pour terminer dans les délais. Il faut savoir qu’un chantier qui est terminé en retard doit payer des indemnités de 1000$ par tranche de 5 minutes, ajoute-t-il. Ouvrir plus rapidement les routes permet de gagner des minutes précieuses. »
« Les coûts salariaux de la construction sont quatre à cinq fois plus élevés que les nôtres, notamment en raison des conventions collectives. En sous-traitant, les entreprises de construction routière économisent bien plus », précise Matthieu Colin, président de Groupe Signalisation.
Des coûts nécessaires
« Le budget destiné à la gestion de la circulation varie grandement d’un chantier à un autre, explique Réal Grégoire, relationniste au ministère des Transports du Québec. Certains peuvent nécessiter la création d’une nouvelle route et d’autres de simples déviations ». Plus de 1600 chantiers sont actuellement en fonction sur les routes québécoises.
« Le gouvernement fait une simple analyse coûts/bénéfices. Il compare l’avantage d’assurer la fluidité du trafic et le coût de faire dévier la circulation. Il faut savoir que la congestion récurrente des régions métropolitaines entraîne des frais de 1,5 G$ par an en termes de productivité. Et cela ne tient pas compte de coûts additionnels sur la santé, de la pollution générée et des accidents », explique Ottavio Galella, expert en circulation et transport, de la firme Trafix.
Les coûts socio-économiques attribuables à la congestion récurrente se sont élevés à 1,42 G$ en 2003 pour l’agglomération de Montréal, que ce soit en retard, en coûts d’utilisation des véhicules, en coûts de carburants, en émissions polluantes et en émissions de gaz à effet de serre, selon une étude du ministère des Transports publiée en 2009.
La technologie au service de la sécurité
L’entreprise SignoTech met actuellement au point un appareil intelligent, qui, en détectant la vitesse des voitures, change automatiquement les messages des panneaux de signalisation pour annoncer un bouchon et proposer des routes alternatives.
« Pour l’instant, ce sont des agents de la route qui viennent constater sur le terrain la congestion avant de prévenir les automobilistes, explique M. Legault. En les avisant plus rapidement, on évite les frustrations et ensuite les accidents qui peuvent survenir. »
M. Legault avoue s’être inspiré des ‘Smart Works Zone’ de plusieurs États américains, des zones de construction qui utilisent la technologie pour mieux assurer la sécurité des travailleurs de chantier. L’appareil a été testé sur l’autoroute 30 et l’entrepreneur envisage maintenant d’impliquer le gouvernement dans son projet.