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Mathieu Turbide
Agence QMI
Il y a des Québécois qui s'inquiètent plus que d'autres des catastrophes pétrolières comme celle survenue dans le golfe du Mexique. Et pour cause : ils vivent en plein milieu du golfe du Saint-Laurent, à moins de 80 km d'un gisement pétrolier qu'une compagnie pétrolière projette d'exploiter le plus rapidement possible.
Les images montrant les rivages de la Louisiane et de la Floride souillés de pétrole, les poissons morts et les oiseaux marins englués de mazout ont rapidement frappé l'imaginaire aux Îles-de-la-Madeleine, où les quelques milliers d'habitants vivent surtout de la pêche et du tourisme.
Surtout qu'un important projet de forage et de pompage de pétrole doit se mettre en branle d'ici peu, à seulement 80 km des côtes des Îles et à 15 km des zones où se rendent régulièrement pêcher les pêcheurs madelinots.
Pire que dans le golfe du Mexique
«Si une catastrophe comme celle de BP dans le golfe du Mexique se produisait ici dans le golfe du Saint-Laurent, les conséquences seraient bien pires», soutient Danielle Giroux, présidente de l'organisme Attention FragÎles et membre du Comité de travail sur les hydrocarbures des Îlesde-la-Madeleine.
«Le golfe du Saint-Laurent est six fois et demie plus petit que celui du Mexique. C'est une petite mer semifermée, qui a des courants beaucoup plus complexes et où il y a des glaces pendant une bonne partie de l'année. On n'a pas idée à quel point une catastrophe du genre pourrait être dommageable. Même un déversement mineur pourrait avoir des conséquences irréversibles sur la faune marine, les pêcheries, le tourisme», fait-elle remarquer.
Peu après la fuite de pétrole du puits de forage de BP au large de la Louisiane, un regroupement d'organismes, dont la municipalité des Îlesde-la-Madeleine et plusieurs groupes environnementaux, ont demandé à Ottawa d'imposer un moratoire sur le forage en milieu marin dans le golfe du Saint-Laurent.
Mais ces inquiétudes ne semblent pas vouloir arrêter la machine qui est déjà bien en marche.
«Le gouvernement de Terre-Neuve a donné tous les permis. Ils n'ont pas l'intention de décréter un moratoire. Le gouvernement du Québec a adopté un moratoire jusqu'en 2012, mais il veut forer. La ministre Nathalie Normandeau a annoncé récemment des évaluations environnementales stratégiques. Ils disent vouloir «mettre en valeur»' les hydrocarbures. À les entendre, c'est du développement durable. Québec tient un discours rassurant qui, nous, ne nous rassure pas du tout», déplore Mme Giroux, avec un brin d'ironie.
Aucune stratégie commune
Les environnementalistes déplorent que les différentes provinces impliquées (Québec, Terre-Neuve, Nouvelle-Écosse, etc.) n'aient aucune stratégie commune pour réglementer le forage dans le golfe.
«C'est chacun pour soi. C'est quand même incroyable, s'étonne Mme Giroux. Il n'y a aucune stratégie intégrée pour l'ensemble du golfe. Comme si une catastrophe qui aurait lieu à Terre-Neuve ne pouvait pas avoir d'impact dans la partie québécoise du golfe.»
* Danielle Giroux quitte d'ailleurs aujourd'hui même pour la Louisiane, où elle ira voir sur place les dommages causés par la fuite du puits de BP.
Une autre résidente
* Une autre résidente des Îles-de-la-Madeleine, Marilyn Clarke, membre du comité de travail sur les hydrocarbures, s'est d'ailleurs donnée comme mission d'aller conscientiser les populations de Terre-Neuve et de Nouvelle-Écosse, où elle donnera des conférences, cet été.