Denise Proulx
Argent
En fait, les jeunes travaillent une fois et demie plus que les adultes, avec une moyenne de 46 heures par semaine, lorsqu'on ajoute le temps passé en classe et les travaux à la maison aux heures passées chez un employeur.
En début de semaine, le chef de la CAQ François Legault a reproché aux jeunes de préférer la belle vie au travail.
« J'ai bien peur au contraire que l'on soit en train de préparer une génération de « burnout ». Les jeunes travaillent trop, ils ont totalement adhéré au modèle productiviste, même plus que le reste de la population », a affirmé l'auteur et professeur de sociologie, Jacques Roy, nouvellement retraité du cégep de Sainte-Foy.
Diverses données statistiques confirment que les jeunes de 15 ans à 24 ans sont nombreux sur le marché du travail.
Une recherche menée pour la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), auprès de 12 600 universitaires confirme la tendance.
À l'automne 2009, le nombre d'heures travaillées par les étudiants universitaires de premier cycle à temps plein était de 18,7 h par semaine. De plus, 41,4 % des étudiants qui travaillaient le faisait plus de 20 heures par semaine. Au Canada, les universitaires sont au boulot en moyenne 15 heures sur une base hebdomadaire.
« Les jeunes Québécois travaillent plus que la moyenne canadienne. Les statistiques parlent d'elles-mêmes, a souligné la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins. Les jeunes ne sont pas moins vaillants qu'avant. En fait, ils n'ont jamais autant trop travaillé. »
Entre la classe et McDo
Dans un portrait d'une génération de cégépiens qu'il a publié dans le livre « Entre la classe et les Mcjobs », au printemps dernier, Jacques Roy a constaté que 72 % des cégépiens travaillent en même temps qu'ils étudient, en moyenne 17 heures par semaine.
De plus, un cégépien sur quatre (27 %) consacre 20 heures et plus par semaine à un emploi rémunéré pendant l'année scolaire. Avant 1980, c'était à peine 17 % des jeunes de 17 à 20 ans qui travaillaient pendant qu'ils poursuivaient leurs études collégiales.
« Ne pas travailler durant ses études est mal vu dans beaucoup de milieux », a fait savoir le professeur en sociologie.
Martine Desjardins est du même avisé : « C'est culturellement encouragé ».
Pour le développement personnel
La présence sur le marché du travail fait partie du développement personnel soutient 66 % des étudiants et 8 % croient qu'il contribue à leur cheminement scolaire.
« Les jeunes ne travaillent pas pour leur survie, mais pour se donner du confort matériel, selon Jacques Roy. Ils ont été élevés dans une société de consommation. Ils sont très soucieux d'obtenir leur autonomie financière face à leurs parents. »
Les jeunes estiment aussi que le marché du travail développe leur sens des responsabilités et leur procure une expérience de la réalité du marché de l'emploi qui leur servira lorsqu'ils seront diplômés.
La FEUQ ne partage pas ce point de vue. Elle observe que plusieurs jeunes travaillent pour diminuer leur endettement personnel et le stress du coût de la vie.
Des impacts négatifs
En 2009, 43,6 % des étudiants universitaires de premier cycle à temps plein considéraient que leur emploi avait un impact négatif sur leur rendement scolaire et 32,4 % déclaraient qu'il était la cause d'un allongement des études.
« Les impacts sur la santé des jeunes sont majeurs, a déploré le professeur retraité. En tant que professeur, j'ai souvent vu que les étudiants à temps plein qui travaillent perdent aussi leur motivation. »
Avec la proposition de François Legault, en matière de hausse des frais de scolarité, la FEUQ a calculé que les jeunes devraient travailler entre 22 à 23 heures par semaine pour la payer.