Denise Proulx
Argent
Avec son budget du printemps dernier, le gouvernement Harper a ouvert la porte à un envahissement des produits alimentaires américains et étrangers sur les tablettes des épiceries du Québec et du Canada. En catimini, la Chambre des communes a exigé l'abrogation de la règlementation sur les contenants des produits alimentaires pour d'ici 2017.
Même si elle a fait peu de bruit, la décision crée une véritable levée de boucliers chez les fabricants de produits agroalimentaires partout au Canada. La dérèglementation des contenants leur apparait d'autant plus illogique que le pays tente d'imposer diverses mesures pour stimuler l'emploi par l'achat local.
Les consommateurs ont d'ailleurs bien compris qu'achat local rime avec économie. Un sondage RBC/Ipsos Reid, publié à l'été 2012, indique que la majorité (61%) des Canadiens est prête à payer plus cher pour appuyer les petites entreprises bien implantées de leur communauté. En fait, 91% des Canadiens considèrent que les petites sociétés jouent un rôle vital dans l'économie et qu'elles créent des emplois essentiels.
L'affront du fédéral s'ajoute à une autre réglementation que les entreprises agroalimentaires combattent, soit les nouvelles lignes directrices qui soumettent aux entreprises un seuil de contenu canadien de 98 % pour obtenir le droit d'utiliser l'appellation produit du Canada. « Le pourcentage de produits canadiens est trop élevé.
Ça place les produits de nos entreprises sur le même pied d'égalité que les produits étrangers emballés au Canada. C'est devenu un problème », déplore Christine Jean, directrice technique du Conseil de la transformation agroalimentaire et des produits de consommation (CTAC).
« Ces normes nous désavantagent complètement. Chez nous, parce qu'on ajoute 5% de sel en provenance des États-Unis dans nos conserves de concombres et de piments, on ne peut pas parler de produit canadien. Si en plus, le contenant n'est plus réglementé, aussi bien dire qu'il faudra compétitionner avec n'importe quoi », s'inquiète Philippe Blondin, vice-président aux approvisionnements de la firme Corporation alimentaire Whyte.
À l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) responsable des deux directives fédérales argumente que Canada, aucun porte-parole n'a voulu expliquer les raisons de ces décisions, renvoyant Argent à questionner le bureau du premier ministre.
Sur son site web, l'ACIA a précisé que « le Canada le seul pays de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui impose la taille des contenants pour un grand nombre de produits transformés à base de fruits et de légumes. La réglementation actuelle fait obstacle à l'innovation au sein de l'industrie et réduit les choix des consommateurs.»
Certains en profitent
Si l'industrie agroalimentaire risque de perdre beaucoup d'emplois avec ces nouvelles règles d'appellation Produit du Canada du gouvernement Harper, d'autres manufacturiers y gagnent.
Dans le milieu de la fabrication du meuble, le pourcentage de produits canadiens pour obtenir le droit d'utiliser le logo Meubles Qualité Canada s'élève à seulement 60%. La norme plus réaliste a été rapidement adoptée par plusieurs petits manufacturiers.
Pour Mobi-Art de Terrebonne, qui s'est lancée dans la fabrication de meubles au milieu des années 1990, il ne faisait aucun doute pour ses propriétaires que leurs produits porteraient le sceau Qualité Canada. Ce choix impliquait de trouver des sous-traitants locaux qui adopteraient leurs mêmes objectifs de mise en marché. Dorénavant les meubles de Mobi-Art sont vendus comme des produits canadiens chez les marchands de meubles.
« Ça joue en notre faveur. On privilégiant de faire fabriquer nos produits par des entreprises d'ici, nous avons augmenté nos ventes et notre production. Finalement, tous nos fournisseurs ont aussi employé plus de monde », raconte Christine Bois, copropriétaire de Mobi-Art.