Michel Munger
Argent
Les fabricants et marchands n'ont plus le choix: ils doivent s'adapter à l'utilisation d'Internet mobile, qui est en voie de devenir la principale source d'information du client qui magasine.
C'est ce qui ressort d'un sondage dont les résultats ont été publiés mercredi par Bell Média numérique, et de l'analyse qui en est faite par deux experts de marketing.
Les conclusions de la quatrième édition du portrait annuel des médias mobiles de Bell pourraient difficilement être plus claires. Environ 45% des Canadiens qui ont accès à Internet mobile s'en servent en magasin.
Environ 80% des utilisateurs sont influencés à faire des recherches sur des produits ou services. 71% avouent que leurs perceptions peuvent changer lors de cet exercice.
Ces pourcentages peuvent sembler énormes mais ils ne surprennent pas Philippe Le Roux, président de l'agence de médias Phéromone.
Le pouvoir partout
«Pendant une quinzaine d'années, soutient-il, les gens ont appris à faire d'Internet leur principale source de recherche d'information. S'ils avaient à choisir, ils se débarrasseraient de la télévision et le téléphone avant de supprimer Internet. Le mobile leur donne cette capacité de recherche partout.»
Les entreprises doivent répondre avec habileté à cette soif de renseignements pour se donner un avantage, ajoute M. Le Roux. «Si je suis chez Rona et que je regarde une perçeuse, je fais une recherche. Si l'information qui s'affiche m'indique qu'un appareil comparable coûte moins cher chez Home Depot, cette dernière peut en bénéficier aux dépens de Rona.»
Le président de Phéromone croit aussi qu'un détaillant doit orienter le client vers les évaluations ou les commentaires émis sur les réseaux sociaux, parfois à l'aide d'un code QR. Une fois lu par un téléphone, ce code mène vers une page Web.
«Le défi pour le marchand et le producteur est de s'assurer que leurs produits soient commentés positivement sur la place publique, poursuit-il. Pour répondre aux préoccupations, il faut se mettre dans la peau du consommateur et simuler son comportement. Par exemple, mon premier réflexe est de faire une recherche avec le nom du produit pour trouver des conversations où l'on rapporte des problèmes.»
Patrick Larouche, directeur du marketing chez Bell Média numérique, considère lui aussi Internet mobile comme un outil incontournable pour rejoindre les clients. Par contre, le nombre d'écrans de différentes tailles lui complique la vie. «La normalisation au sein de l'industrie prendra quelques années mais le client, lui, ne s'en soucie pas. Il veut vivre une expérience simple.»
Faut-il que toutes les entreprises produisent des sites Web optimisés pour mobile ?
Non, répond Philippe Le Roux. «Nous avons déjà fait un sondage là-dessus, dit-il. La moitié des répondants préférait consulter un site optimisé pour mobile et 50% préférait les sites traditionnels. La conclusion à laquelle j'arrive, c'est qu'il faut offrir un site Web qui s'adapte bien à tous les appareils qui servent à le consulter.»
Une révolution
Peu importe les choix technologiques qui seront faits, la révolution portable a déjà été annoncée par un ancien PDG de Google, souligne M. Le Roux.
«Eric Schmidt le prédisait déjà il y a deux ans, se souvient-il. Google ne considérait pas un projet sérieusement s'il n'était pas mobile. Une idée géniale disponible seulement sur ordinateur ne l'intéressait pas car la pénétration des téléphones intelligents est 10 fois plus rapide que celle d'Internet à l'époque.»
Le sondage a été réalisé auprès de 1064 Canadiens âgés de16 à 64 ans.