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Jean-François Cloutier
Argent
L'ambition du gouvernement péquiste de mettre en place des hausses d'impôt rétroactives aux contribuables gagnant plus de 130 000$ par année est loin de faire l'unanimité, des fiscalistes s'inquiétant des répercussions pernicieuses d'une telle mesure.
En entrevue, le professeur de fiscalité Luc Godbout, de l'Université de Sherbrooke, s'est dit inquiet de l'aspect rétroactif de la mesure, surtout dans un contexte où il n'existe pas d'urgence fiscale réelle.
« En 1993, Québec avait aussi augmenté l'impôt de manière rétroactive, mais c'était parce que Moody's avait décoté le Québec. Là, c'est plutôt parce qu'on veut devancer une mesure fiscale prévue », a-t-il dit.
« Ce ne sont pas les gens qui risquent de partir qui me préoccupent. Ce sont ceux qui ne viendront pas, ceux qui préféreront Ottawa à Gatineau, par exemple », a-t-il ajouté.
M. Godbout mentionne qu'avec l'impôt accru voulu par les péquistes, le Québec se situera parmi les cinq endroits dans le monde les plus taxés.
« Même en France, ils commencent à apporter des bémols à leur volonté de taxer les plus riches », a-t-il dit.
Qui pis est, M. Godbout souligne que les deux nouveaux paliers d'imposition ne suffiront pas à compenser pour le manque à gagner engendré par l'annulation de la contribution santé.
Les hausses d'impôt devraient rapporter environ 600 M$, selon le cadre financier du PQ, alors que le remboursement de la contribution santé coûtera 1 G$ par année à l'État.
Cela laisse croire que le gouvernement péquiste devra ajouter de nouvelles ponctions fiscales sur les gains en capital et les dividendes pour combler la perte d'argent, a indiqué M. Godbout.
M. Godbout signale que seules 35 000 personnes déclarent des revenus de 250 000$ et plus par année au Québec. Quelque 94 000 contribuables, incluant ceux qui gagnent 250 000$ et plus, affichent des revenus de plus de 150 000$.
« Ça représente tout juste 1,5% des déclarations de revenu », dit-il.
Le point de vue de M. Godbout est partagé par Youri Chassin, économiste à l'Institut économique de Montréal.
« Les gens ont pris des décisions en fonction d'un taux donné d'impôt. Avec une hausse, on peut penser qu'ils vont changer leur comportement », a-t-il dit.
Le fiscaliste Yves Chartrand, qui se dit défenseur de la classe moyenne, pense que des gens fortunés pourraient choisir de travailler moins ou de prendre leur retraite plus tôt, ou envisager d'autres moyens de réduire leur facture d'impôt.
« Les gens ne sont pas fous. Il y a une barrière psychologique au-delà de laquelle on se dit que ça ne vaut pas la peine de faire plus d'effort. La classe moyenne pourrait finir par payer par les hausses annoncées », a-t-il prédit.
HAUSSES D'IMPÔT PAR ANNÉE
(quelques exemples)
140 000 $ : 400 $ de +
150 000 $ : 800 $ de +
250 000 $ : 4800 $ de +
400 000 $ : 15 000 $ de +
LES RICHES 130 000 $ ET PLUS
143 500 (2,3 % de la population)
Ils payent 32,5 % des impôts au Québec