Michel Munger
Argent
L'exploitation des ressources naturelles du Québec a donné lieu à quelques bonnes prises de becs, jeudi, entre les trois partis qui risquent de prendre le pouvoir à la fin de la campagne électorale.
Lors d'un débat organisé par la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), les libéraux, péquistes et caquistes ont exposé leurs points de vue.
Martine Ouellet, députée du Parti québécois dans Vachon, a tiré à boulets rouges sur les libéraux. Elle a d'abord raillé le Plan Nord. «Avec votre plan marketing du Nord, dit-elle, vous dilapidez des ressources et donnez des infrastructures en cadeau.»
Mme Ouellet estime que le Québec doit encore augmenter les redevances minières. Selon elle, la taxation de 16% des profits par le gouvernement Charest ne suffit pas.
«Il y a encore 10 mines sur 19 qui ne paient pas de redevances, lance-t-elle. Nous ne voulons plus que ce soit possible. En 2010, la nouvelle mine du Lac Bloom a sorti trois millions de tonnes de fer à zéro cent. C'est pire que le régime de Duplessis.»
Selon elle, un impôt de 5% de la valeur brute de la production, combinée à une taxation du surprofit en temps de boom, généreraient 400 M$ par année.
Le ministre des Finances, Raymond Bachand, a suggéré que le plan péquiste heurterait l'industrie. En faisant référence aux 50 000 travailleurs des minières, il a lâché «attachez vos tuques si vous votez pour eux».
De son côté, Gérard Deltell, député caquiste dans Chauveau, a donné un autre ton au débat en s'entendant avec le ministre Bachand. «Si l'on augmente les redevances, ça risque de freiner l'investissement. Si on les baisse, on n'en aura plus pour notre argent.»
Cependant, a enchaîné M. Deltell, «nous devons miser énormément sur la deuxième et troisième transformation de notre minerai pour éviter que notre richesse s'en aille ailleurs.»
Raymond Bachand a répliqué que l'idée n'était pas toujours «économiquement intelligente». Par exemple, les mines québécoises ne produisent pas toujours assez pour alimenter des installations à proximité.
En marge du débat, le ministre a donné l'exemple de la mine Havre-Saint-Pierre, de Rio Tinto Fer et Titane, qui ne peut fournir à elle seule les stocks pour son complexe métallurgique de Sorel-Tracy. L'approvisionnement est complété par du minerai de Madagascar.
«Forcer la transformation du minerai serait néfaste pour le Québec: c'est la vision du Parti liberal», a réagi Martine Ouellet.
Les partis ont au moins pu s'entendre à l'idée que les villes ne peuvent obtenir un droit de veto sur le développement de projets miniers.
Sur la production de pétrole et de gaz au Québec, Raymond Bachand a indiqué que le secteur privé devait prendre le risque d'explorer des propriétés comme l'île d'Anticosti et Old Harry.
Sur cet enjeu, Martine Ouellet, du PQ, a plutôt avancé que le gouvernement ne dévoile pas tout ce qu'il sait sur ces endroits et sur les ententes signées par Hydro-Québec.
De son côté, Gérard Deltell s'est fait l'apôtre d'une plus grande indépendance énergétique grâce à l'exploitation de gisements pétroliers et gaziers.