Michel Munger
Argent
Alors que des Américains font des acquisitions ou des offres d'achat pour des entreprises québécoises, ils n'ont pas de quoi faire peur s'ils arrivent avec des ambitions de développement.
Tel est le message lancé par Gilles Labbé, PDG du fabricant de trains d'atterrissage Héroux-Devtek (HRX) en marge de son assemblée annuelle jeudi. L'événement s'est tenu alors qu'un débat vient d'être lancé sur l'offre d'achat de Lowe's (LOW) sur Rona (RON).
La compagnie de Longueuil, qui vend pour sa part ses divisions d'aérostructures et de produits industriels à Precision Castparts Corp (PCC) pour 300 M$, n'affiche pas d'inquiétude.
Selon M. Labbé, ce qui compte est le plan d'attaque de l'acheteur. «[Chez PCC], ils ont la vision stratégique de développer des activités en aérostructure. Je disais à mes employés que s'ils ont du succès, [le capital suivrait]. Si les gars performent, ils hériteront de projets de croissance. Si nous vendions à un fonds privé qui endetterait l'entreprise, ce serait une autre histoire.»
Un envol pour les trains d'atterrissage ?
Pour l'avenir immédiat, Héroux-Devtek se concentre sur ses trains d'atterrissage. Le secteur compte moins de concurrents à bas coûts. L'entreprise est propriétaire de ses technologies, ce qui lui permet de les vendre sur 20 à 25 ans.
«Nous avons d'autres projets en vue avec des clients importants, avance M. Labbé, sans préciser de noms. Certains programmes, comme ceux avec Embraer, viendront aussi bientôt à l'étape de la livraison cette année.»
Selon les chiffres présentés en assemblée annuelle, la demande reste forte dans le secteur. Airbus et Boeing ont respectivement près de 4500 et 4000 avions dans leurs carnets de commandes, soit sept ans de production. Les livraisons de jets d'affaires auraient atteint un creux l'an dernier, avec un rebond prévu pour les cinq prochaines années.
Le secteur militaire prend toutefois un virage difficile à négocier, souligne Héroux-Devtek. Même les États-Unis prévoient de réduire les dépenses dans un contexte économique sombre.
Les contrats ne sont quand même pas hors de portée, poursuit Gilles Labbé. «Nous n'avions [auparavant] aucune activité dans les hélicoptères CH-47 Chinook. Nous avons remporté le contrat pour les appareils vendus hors des États-Unis. C'est du nouveau pour nous.»
Les commandes pour l'avion de combat F35 sont toutefois moins élevées que prévu. «Si nos prévisions s'étaient réalisées, dit-il, nous serions rendus à 100 avions. Nous en avons fait 40. Nous nous ajustons […] en réduisant le rythme de nos investissements.»
Silence sur une distribution
La direction de Héroux-Devtek garde toutefois la bouche cousue sur l'éventuelle distribution à ses actionnaires des 230 M$ qui lui resteront après avoir vendu ses divisions. La transaction sera conclue à la fin de l'été et la décision sera prise à l'automne.
En attendant, les actionnaires ont déjà reçu une récompense, avec l'action qui est passée de 8 $ en juillet à 11,30 $ jeudi.
«L'action a monté considérablement mais je ne m'attends pas à ce que ce soit la fin», indique John Cybulski, président du conseil d'administration.
La fête n'est peut-être pas terminée, renchérissent les analystes financiers. Valeurs mobilières Desjardins lui donnent un cours cible de 13,50 $ sur 12 mois, contre 15,50 $ à la Financière Banque Nationale.