Simon Lord
Argent
Les consommateurs goûteront à une hausse plus importante du prix de leur panier d'épicerie l'an prochain que cette année, alors que celui-ci pourrait progresser de 4%. Les experts montrent du doigt la sécheresse qui afflige actuellement les cultures américaines.
« Les grandes cultures et leurs produits, comme le maïs, le blé, l'avoine, le pain, les céréales et la farine, seront les plus touchés par la hausse », illustre Florent Gravel, pdg de l'Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA).
La pire sécheresse observée aux États-Unis depuis un demi-siècle affecte les cultures négativement. Environ 48% de la récolte de maïs est maintenant classée mauvaise ou très mauvaise, a indiqué le département américain de l'agriculture, la semaine dernière. Près de 37% de la récolte de soja a été jugée médiocre ou très médiocre.
La banque RBC table sur une progression de 2,5% à 3,5% des prix des aliments cette année et de 3% à 4% en 2013. L'ADA prédit plutôt une croissance de 2 à 2,5% pour l'an prochain. D'autres experts mettent la limite supérieure à 4,5%.
C'est le consommateur qui absorbera la hausse des prix, puisque les détaillants ont très peu de marge de manœuvre.
Si la hausse en 2012 est importante, elle demeure toutefois sous la moyenne des 7% observés entre 2008 et 2010. Les sommets atteints à ce moment étaient causés principalement par une demande croissante des pays émergents, un prix élevé du carburant et une politique américaine, maintenant revue, qui incitait les fermiers à destiner une partie de leur maïs à la production d'éthanol plutôt que de nourriture.
Les consommateurs devront revoir la composition de leur panier d'épicerie. « Les gens qui achetaient du prosciutto vont peut-être devoir se rabattre sur du jambon cuit », prédit Florent Gravel.
Les Canadiens peuvent quand même se compter chanceux, puisqu'ils arrivent au troisième rang des pays industrialisés où le panier d'épicerie coûte le moins cher en proportion des revenus, avec un ratio de 11,8% en 2010. Les États-Unis et Singapour occupent la première et deuxième place, avec des ratios de 8,9% et 9,6%.
Viande moins chère?
Habituellement, une hausse des prix des fruits et légumes cause une augmentation du prix de la viande. C'est qu'une partie des coûts associés à l'élevage d'un troupeau est l'achat de maïs, utilisé pour nourrir celui-ci.
Cette fois-ci, toutefois, l'inverse pourrait se produire, dit Sylvain Charlebois, expert en agroalimentaire à l'Université Guelph. « Le coût de nourrir les troupeaux augmente, alors plusieurs éleveurs envoient ceux-ci à l'abattoir. Ça pourrait créer une abondance temporaire sur le marché. Les prix baisseront, ou au moins, seront contenus », dit-il.
Les fermiers se frottent les mains
Contrairement à leurs confrères américains, les fermiers canadiens connaîtront une bonne fin d'année 2011. N'ayant pas été touchés par la sécheresse comme leurs voisins du sud, ils profiteront quand même de la hausse des prix causée par celle-ci. Actuellement, le boisseau de blé s'échange au prix de 9$ US, contre 7$ US il y a un an.
« On parle d'une année exceptionnelle pour les producteurs. Ils s'en mettront plein les poches. En fait, ils ont sorti leur carnet de chèque et se sont déjà lancés dans une virée de magasinage », lance Sylvain Charlebois, plaisantant à peine.
Les grands fabricants de machinerie agricole, comme Massey Ferguson et John Deere, ne peuvent pas subvenir à la demande. Les experts rapportent des retards de neuf mois dans la livraison de tracteurs neufs, par exemple.