Jean-François Cloutier
Argent
Le Fonds de solidarité FTQ a enregistré un rendement de 2,6% au cours de son exercice 2011-2012, aidé par les placements privés qui enregistrent une progression dans les deux chiffres jugée « confondante » par un expert.
Comme c'était le cas l'an dernier, les placements privés du fonds de travailleurs ont permis de compenser une décrue des titres boursiers qui ont tiré vers le bas la plupart des fonds communs de placement.
Le rendement des titres privés et des fonds spécialisés s'est établi à 12,5%, alors que les placements boursiers québécois du Fonds ont subi une baisse de 7% de leur valeur pendant la même période.
Le portefeuille d'actions sectorielles de grande capitalisation du Fonds a pour sa part chuté de 9,6%.
L'action du Fonds a progressé de 2,2%, à 26,59$, depuis sa dernière évaluation, en janvier 2012.
Le PDG du Fonds, Yvon Bolduc, s'est réjoui de cette performance, la mettant en relief avec la performance moyenne des fonds équilibrés canadiens, qui ont enregistré une baisse de 3,8% au cours de la même période.
M. Bolduc a aussi souligné que le fonds de travailleurs avait bénéficié de la vente d'Enobia Pharma pour 610 M$ à une société américaine.
Il a expliqué que cette transaction avait permis au Fonds d'empocher « plusieurs dizaines de millions de dollars ».
Dans un communiqué, le président de la FTQ et du conseil d'administration du Fonds, Michel Arsenault, n'a pas caché son enthousiasme.
« Malgré l'incertitude économique en Europe et la volatilité des marchés qui persistent, le Fonds de solidarité FTQ a, encore une fois, su tirer son épingle du jeu», a-t-il expliqué.
Emphatique, le syndicaliste a parlé du fonds comme d'un « moteur de l'économie québécoise » et d'une « institution unique au monde ».
« Abasourdi »
Le président d'Avantages services financiers, Michel Marcoux, s'est pour sa part dit étonné de constater un écart de rendement aussi important entre les placements privés et les placements boursiers du Fonds.
« J'ai besoin qu'on m'explique comment les entreprises non cotées à la Bourse peuvent prendre autant de valeur pendant que les entreprises cotées à la Bourse se déprécient », a-t-il dit.
M. Marcoux a signalé qu'un gestionnaire de portefeuille qui procurerait un rendement de 12,5% pendant que des indices fléchissent de 7 ou 8% serait considéré comme exceptionnel et appelé à gérer des fortunes colossales.
Du côté du Fonds FTQ, on explique toutefois que la méthode d'évaluation employée est valide. Trois personnes à l'emploi du Fonds évaluent la valeur d'un actif privé. Un comité d'évaluation composé d'évaluateurs indépendants du Fonds supervise leur travail.
Deux firmes d'auditeurs externes viennent ensuite vérifier cette évaluation.
ACCURSO : LE FONDS N'A AUCUN REGRET
La caution accordée par un géant de la finance québécoise, le Fonds de solidarité FTQ, au groupe de l'entrepreneur Tony Accurso dans une transaction lui permettant d'économiser 45 M$ d'impôts a suscité la controverse à la fin mai. Le PDG, Yvon Bolduc, soutient toutefois que le Fonds n'a rien à se reprocher.
> Vous avez été blâmé par des intervenants pour le stratagème fiscal employé par le groupe Accurso. A-t-on exagéré votre rôle?
Nous n'avions rien à voir là-dedans. Les pertes fiscales sont quelque chose qui existent depuis longtemps. C'est un autre débat. Il s'est trouvé que ces pertes étaient un actif monétisable de notre placement dans Réseaux Simpler, dont les plans n'ont pas été réalisés et qui était en faillite. C'est une banque américaine, Hercules, qui s'est mis à la recherche d'un acheteur pour ces pertes. Nous avons appris en même temps que les autres que l'acheteur était le groupe Accurso. De dire que le Fonds était de mèche avec Accurso pour un stratagème fiscal, c'est complètement faux. Nous ignorions ce qu'il allait faire avec ces pertes.
> Avez-vous eu un malaise, quand même, quand vous avez vu le nom d'Accurso dans la transaction?
Ce que j'ai dit à mes employés, c'est qu'ils font un bon travail. Je leur ai dit de poursuivre dans la même voie et que la crème finissait toujours par remonter.
> Un mot sur le crédit d'impôt du Fonds, que certains voudraient voir réduit?
Je trouve qu'on a un bel équilibre entre nos investissements en capital de développement et nos autres placements. Le crédit d'impôt encourage l'épargne, et le gouvernement semble le voir, puisqu'il a bonifié le crédit d'impôt de Fondaction CSN.