Denise Proulx
Agence QMI
La cotisation des travailleurs et des employeurs au régime d'assurance-emploi devrait augmenter de cinq cents en 2013 et cette hausse est appelée à se poursuivre au cours des trois prochaines années, a annoncé l'Office de financement de l'assurance-emploi du Canada (OFAEC). Le gouvernement Harper a jusqu'au 30 septembre pour entériner la recommandation.
Selon des calculs du Bloc Québécois, avec ces augmentations projetées, les recettes du Programme atteindront 112 G $ en 2016 et laisseront dans les coffres du fédéral un surplus de 16 G $.
Vendredi, l'OFAEC a confirmé qu'il suggère au gouvernement fédéral de hausser le taux de cotisation pour les travailleurs au Québec à 1,52$ par tranche de 100$ de rémunération. Le président du conseil d'administration de l'Office, David Brown, a également confirmé que cette hausse annuelle devrait se poursuivre afin d'atteindre un équilibre du régime de prestations.
Dans un communiqué de presse, l'organisme fédéral a cependant indiqué que les cotisations excéderont de 1,3G$ sur les déboursés du régime en 2012. Le compte affichera cette année un premier surplus de 300 M $, après plusieurs années de pertes.
« Le surplus servira à réduire le déficit accumulé du compte des opérations, qui sera ramené à 7,6G$ », a précisé Phil Charko, directeur exécutif de l'OFAEC
Détournement de fonds
La décision cause du mécontentement. « Il faut empêcher que le gouvernement fédéral puise dans la caisse et qu'il s'accapare les surplus des cotisations. C'est du vol », s'est indigné Daniel Paillé, le chef du Bloc Québécois, en entrevue à Argent.
En évaluant les surplus planifiés, M. Paillé y voit la réutilisation d'une méthode pratiquée par le Parti libéral de Paul Martin au début des années 2000.
« En 2014, les surplus atteindront 3,7 G$. En 2015, ils seront de 4,7 G$ et en 2016 de 4 G $. C'est en tout 16 G$ en trop qui seront puisés. C'est un véritable détournement de fonds pratiqués sur les contributions payées », dénonce-t-il.
Le Conseil du patronat du Québec déplore aussi la décision fédérale, mais dit la comprendre. « Dans le contexte actuel, on s'y attendait, nous ne sommes pas surpris. Ce n'est pas l'idéal, mais cette hausse aiderait à financer les déficits passés. Dans sa logique, le gouvernement se rembourse. Les deux positions se qualifient », observe Norma Kozhaya, directrice de la recherche et économiste en chef.
Un scandale plus grand
La Coalition nationale des chômeurs s'offusque moins de cette hausse de cotisation que de leur utilisation. « Le vrai scandale, c'est que les gens paient sans avoir accès à l'assurance emploi. Avant 1990, 85% des chômeurs pouvaient en profiter, maintenant c'est à peine 46% », s'inquiète-t-il.
Le porte-parole des chômeurs partage l'indignation du chef du Bloc Québécois. « Si je m'appropriait les économies d'une personne pour payer ma maison, j'irais en prison. Le gouvernement fédéral continue à voler le monde sans gêne», enchaîne Pierre Céré.
Soulignons que le maximum annuel que pourra payer un employé sera de 720$, soit une hausse de 45$ par rapport à cette année. Le maximum de rémunération annuelle assurable sera aussi augmenté, passant de 45 900$ à 47 400$.
Quant aux employeurs, leur cotisation demeure à la hauteur de 1,4 fois la cotisation de l'employé. Au maximum, cette cotisation annuelle sera de 1009$ par employé, soit une hausse de 54$ par rapport à 2012.