Jean-François Cloutier
Argent
Au moment où Hydro-Québec investit dans l'éolien et où la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, envisage un moratoire permanent sur le gaz de schiste, cette ressource est en train de révolutionner le paysage énergétique mondial et d'enrichir les États-Unis.
C'est ce qu'a affirmé Normand Mousseau, auteur du livre La révolution des gaz de schiste et professeur de physique à l'Université de Montréal, lors d'une conférence publique sur les gaz de schiste au Québec tenue à l'École polytechnique.
M. Mousseau a mis en évidence la place prépondérante acquise par le gaz de schiste dans le paysage énergétique mondial en seulement quelques années. Le gaz naturel produit aux États-Unis provient déjà à 30 et 50% de sources non conventionnelles.
L'abondance soudaine de la ressource a fait chuter le prix du gaz, de sorte qu'il coûte aujourd'hui huit à dix fois moins cher que le pétrole, et les États-Unis ont pu réduire leurs importations d'énergie.
« On pensait que la nature se chargerait d'épuiser les énergies fossiles, mais oubliez ça. En Ontario, la pile de projets éoliens s'accumule sur les bureaux et le gouvernement change de stratégie. Ce n'est pas rentable », a-t-il mentionné.
M. Mousseau a mentionné que la révolution du gaz de schiste était en train de se transporter en Europe et en Asie, des pays cherchant à réduire leur dépendance aux énergies importées et à profiter de la manne.
Arguments économiques
Selon M. Mousseau, si le gaz de schiste a décollé aux États-Unis et qu'il peine à s'imposer au Québec, c'est parce que le régime minier y favorise les petits propriétaires, en leur permettant d'être directement intéressés par une exploitation de leur sous-sol.
Dans la plupart des États américains, les propriétaires d'un terrain sont aussi propriétaires de son sous-sol et touchent une redevance sur le gaz de schiste extrait.
« On a vu de nombreux fermiers toucher entre 5000 et 200 000$ par mois pour laisser des compagnies extraire du gaz. C'est assez pour accepter quelques désagréments », a-t-il dit.
Selon l'expert, le Québec n'est pas plus vertueux écologiquement que les autres, et des citoyens ont simplement fait un calcul économique pour refuser l'exploitation.
Pas besoin de ça?
Le professeur retraité de l'UQAM Marc Durand a livré de son côté une présentation assez technique dans laquelle il soutient que des risques existent entourant la fracturation hydraulique, technique utilisée pour sortir de terre le gaz de schiste.
Un peu plus tard, le professeur à Polytechnique Michel A. Bouchard a livré un plaidoyer contre le gaz de schiste au Québec, à cause des dommages potentiels à l'environnement.
« Est-ce qu'on a besoin de ça comme société? Peut-être qu'on serait mieux d'en acheter aux États-Unis », a-t-il dit.