Simon Lord
Argent
Les Québécois n'ont pas beaucoup de marge de manœuvre pour économiser davantage, disent des experts consultés par Argent. Il n'est pas évident, par ailleurs, que ce soit aussi nécessaire que le laissait entendre mercredi François Legault, qui appelait les Québécois à retrouver la valeur de l'épargne.
« On ne peut pas être contre l'épargne personnelle. Ce qu'il faut dire, par contre, c'est que l'on n'en a pas autant besoin qu'avant », estime François Vaillancourt, économiste au CIRANO, un centre de recherche montréalais.
L'épargne des Québécois s'élevait à 2,8% de leur revenu personnel en 2010, selon l'Institut de la statistique du Québec. Il y a 30 ans, ce chiffre avait atteint un sommet d'environ 20%.
« Les Chinois, par exemple, épargnent près du tiers de leur revenu. Cependant, ils n'ont pas d'assurance maladie, de pension du gouvernement, de REER qui croît ou de maison qui prend de la valeur », met en relief M. Vaillancourt.
Les économies servent traditionnellement à se prémunir d'un imprévu, à acheter une voiture, à financer une maison et à mettre de l'argent de côté pour la retraite. Mais avec les programmes sociaux qui prennent de l'expansion, le crédit peu coûteux et l'épargne qui rapporte moins qu'avant, les Québécois sont moins incités à épargner.
« Si on épargne moins, c'est qu'on a moins besoin d'épargner », résume l'économiste.
Trop de dépenses
D'autres spécialistes de la question estiment que les propos du chef de la CAQ arrivent à point. Gaëtan Veillette, planificateur financier au Groupe Investors, estime que les consommateurs sont trop endettés et sortent leur portefeuille trop facilement.
« Il a raison d'encourager l'épargne. Le fond du message est bien intentionné et les gens doivent préparer leur avenir financier », dit-il.
Hausse de l'épargne peu réaliste
Malgré cela, les experts calculent qu'il est peu réaliste de croire que les Québécois peuvent augmenter leur taux d'épargne de manière substantielle.
« Il est impensable, par exemple, d'atteindre la barre des 8% », évalue Gaëtan Veillette.
En moyenne, de 10% à 15% des dépenses des Québécois sont compressibles, ou ne sont pas essentielles à leur survie ou à celle de leur famille. « Il peut s'agir de cigarettes, de voyages, d'une télévision ou d'une piscine, par exemple », illustre M. Veillette.
Il est cependant illusoire de croire que tous les consommateurs du Québec peuvent facilement transformer ces sommes en épargne. « Les gens ne peuvent pas toujours réduire ces dépenses, il y a aussi un facteur humain. Vivre pour aujourd'hui seulement, c'est de l'excès. Mais vivre uniquement pour demain, ça l'est aussi », met de l'avant le planificateur financier.