Simon Lord
Argent
Les francophones du Québec paient en partie pour l'enseignement universitaire des anglophones, pourtant plus fortunés, indique une étude, qui propose de hausser les frais de scolarité pour s'attaquer à la situation. Des associations étudiantes sont en désaccord.
« Après leurs études, les anglophones quittent la province plus souvent que les francophones. Ceux-là ne paient donc pas leur scolarité par leurs impôts. À cause de cela, chaque étudiant qui parle le français comme langue première paie une surtaxe de 1000$ », calculent François Vaillancourt et Véronique Laramée, auteurs de l'étude.
Si 1000 anglophones quittent la province à chaque année, c'est donc que les francophones les subventionnent à la hauteur de 1 M$.
Détenir un baccalauréat permet de gagner 600 000$ de plus au cours de sa vie. Les militants pour le gel ou la baisse des frais de scolarité mettent de l'avant que les universitaires financent leurs propres études avec le supplément d'impôts qu'ils paient au cours de leur vie professionnelle, rappellent les chercheurs.
Toutefois, selon l'étude, seulement 68% des anglophones diplômés dans une université québécoise y résident après cinq ans, contre 98% pour les francophones. En excluant les étudiants étrangers, les chercheurs évaluent que ce premier nombre passe à 80%.
« Nous ne pouvons pas empêcher les anglophones de partir. Ce ne sont pas des bandits et ce qu'ils font est parfaitement légal. De leur point de vue, c'est même très rentable », admet François Vaillancourt.
Le taux de rendement privé est environ 50% plus élevé pour quelqu'un qui quitte la province pour s'établir en Ontario. Cette mesure compare, grosso modo, le salaire net après impôts aux coûts des études.
Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), rejette toutefois du revers de la main les conclusions des chercheurs, qu'elle qualifie de hâtives.
« Il me semble qu'on sous-estime le nombre d'étudiants étrangers et internationaux parmi les anglophones. Il faut aussi rappeler qu'il en coûte parfois plus cher pour étudier dans une université comme McGill ou Concordia », insiste Martine Desjardins.
Subventions aux riches
L'économiste se dit particulièrement interpellé par le fait que ce soit le groupe social le moins fortuné qui paie pour le plus riche.
Au Québec, le revenu annuel moyen des anglophones est de 37 200$ contre 32 400$ pour les francophones, selon les données de l'étude. C'est une différence de près de 15%.
« J'ai souvent illustré ce phénomène en disant que l'étudiant de Chicoutimi, qui va travailler dans une aluminerie, subventionne l'anglais de Westmount, qui planifie son départ pour Toronto », raconte M. Vaillancourt.
En faveur de la hausse
Une des solutions possibles est d'augmenter les frais de scolarité, estime François Vaillancourt. De cette façon, si les anglophones quittent la province, ils auront payé la « juste part » de leur éducation.
« Les étudiants doivent, de toute façon, payer maintenant ou plus tard. Nous devrions, par exemple, hausser les frais jusqu'à la moyenne nationale », propose le chercheur.
La FEUQ s'oppose aussi à la solution présentée. « C'est une mauvaise compréhension de la réalité. Ce qu'on propose, c'est une solution qui causera des problèmes, puisqu'il en coûtera plus cher à un francophone pour étudier », dit-elle.