Argent
La fin du placement syndical divise les syndicats mais sa mise au rancart sans solution de rechange sème l'inquiétude, même chez ceux qui appuyaient son abolition.
Le système, qui n'est plus en vigueur à partir de lundi, permettait à une centrale de choisir des ouvriers pour «ses» chantiers de construction. Les partis à l'Assemblée nationale n'ont pu s'entendre sur une solution de placement de main d'oeuvre.
La FTQ-Construction a toujours défendu bec et ongles le placement syndical mais il n'est pas question de faire de l'obstruction, indique le directeur général, Yves Ouellet. «Nous avons dit que nous allions respecter la loi et nous la respecterons à la lettre. Si jamais il y a un vide [sur les chantiers], nous ne pourrons pas y faire grand chose.»
Selon lui, les besoins tant pour les entreprises que les travailleurs sont quotidiens.
«Ce serait irresponsable de laisser l'industrie dans un vide, poursuit M. Ouellet. Nous avons sûrement les meilleurs travailleurs du monde en construction. Ce sont eux qui bâtissent le Québec et l'industrie génère des milliards. On ne peut pas la laisser devant un vide seulement pour se faire du capital politique.»
M. Ouellet croit que les politiciens pénalisent les ouvriers avec le nouveau régime. «Nous leur demandons au moins de faire preuve de respect et de ne pas mettre danger la sécurité financière des travailleurs. Ils ne le méritent pas.»
Bémol à la CSN
À la CSN-Construction, une fédération rivale, la fin du placement syndical est une bonne nouvelle. Il ne faut toutefois pas crier victoire parce qu'aucune solution de remplacement n'a été adoptée, avertit le président Aldo Miguel Paolinelli.
«Ce que nous regrettons, dit-il, c'est que nous sommes arrivés à la date butoir et qu'il n'y a pas de règlement. Un comité a travaillé là-dessus et certaines idées sont ressorties. Mais on connaît la suite, avec un changement de gouvernement. La ministre [du Travail] Agnès Maltais n'a pas réussi là où les autres ont échoué.»
Le message de M. Paolinelli au monde politique est clair : «Mettez-vous d'accord. Il faut que cette situation-là soit réglée. Elle ne peut pas se prolonger. On risque de faire naufrager tout ce que la loi doit mettre sur pied. Les travailleurs seront les premiers à en payer le prix.»
En attendant, précise-t-il, les syndicats ne peuvent plus faire de placement, mais ils peuvent faire des références. «Lorsque nous ferons des références à la Commission de la construction, nous recommanderons les meilleurs candidats possibles.»