Michel Munger
Argent
François Legault a jeté un pavé dans la marre en indiquant qu'il éjecterait les patrons d'Hydro-Québec et de la Caisse de dépôt et placement du Québec en cas de désaccord sur les priorités.
Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) peut-il remplacer les Thierry Vandal et Michael Sabia de ce monde sans générer de coûteuses indemnités de départ ?
Le remerciement d'un PDG entraîne généralement une bonne dépense, explique Jérôme Côté, conseiller en ressources humaines agrée et cofondateur de la firme 37-2.
«L'indemnité prévue au contrat est rarement en bas d'un an de salaire, sans compter la bonification accumulée à ce moment-là et la rente de retraite», précise-t-il.
«Les paramètres sont calqués sur ce qui serait payé dans une entreprise similaire au privé, poursuit M. Côté. C'est surtout vrai dans une entreprise à vocation commerciale comme la SAQ et Hydro-Québec.»
À la Caisse, Michael Sabia s'inscrit en faux à cette tendance. Dans le dernier rapport annuel, on peut lire qu'il gagne 500 000 $ par année depuis 2010 et qu'il a reçu une prime de 400 000 $ en 2011.
Par contre, il a renoncé à une indemnité de départ, peu importe la raison qui le séparera de la Caisse. Il a aussi indiqué qu'il ne toucherait pas au régime de retraite, même si les cotisations sont obligatoires.
Un départ non volontaire de Roland Lescure, chef des placements, coûterait par contre 900 000 $, soit deux ans de salaire.
Chez Hydro-Québec, indique la Gazette officielle du Québec, Thierry Vandal a droit à un an de salaire s'il se fait montrer la porte. Son traitement équivaut à 452 000 $ à partir d'octobre.
François Legault aurait-il vraiment le droit de les larguer ?
Chez Hydro, souligne Jérôme Côté, «le gouvernement est le patron [actionnaire à 100%] qui établit les normes de rendement. Si elles ne sont pas acceptées, il est en droit de faire ce qu'il pense meilleur pour l'État.»
Une nuance doit cependant être faite en ce qui concerne la Caisse de dépôt, soutient Denis Durand, associé principal du gestionnaire de fonds Jarislowsky Fraser.
«L'argent appartient à plusieurs déposants comme les régimes de retraite des fonctionnaires et la Régie des rentes, dit-il. Il faut respecter l'indépendance de la Caisse.»
Une politique de protection des sièges sociaux québécois par la Caisse, une idée préconisée par la CAQ, aurait aussi ses limites.
«La loi qui régit la Caisse ne permet pas de détenir plus de 30% des actions d'une société, rappelle M. Durand. Dans des cas rares, comme celui de Québecor Media, on peut aller jusqu'à 40%.»
Si François Legault voulait «faire le ménage» de l'appareil étatique, il ne pourrait pas non plus congédier des sous-ministres, qui sont protégés par une sécurité d'emploi.
«Un haut fonctionnaire peut être déplacé, précise par contre Marie-Claire Ouellet, secrétaire générale associée au Conseil exécutif. C'est la prérogative des dirigeants de décider où il faut éventuellement les réaffecter.»
Ces salariés gagnent de 143 000 $ à 200 000 $ par année, selon leurs tâches et leur expérience.