Denise Proulx
Argent
Il est le fier descendant d'une famille d'entrepreneurs, dont l'esprit d'initiative a créé l'un des grands fleurons du Québec, les P'tits Gâteaux Vachon. Le président de la Banque Nationale, Louis Vachon, a profité du mois de l'entrepreneuriat pour parler à Argent de sa vision de l'entrepreneurship au Québec.
Si le banquier jette un regard rationnel sur l'économie québécoise, l'homme d'affaires s'anime quand il jase création d'entreprise.
D'entrée de jeu, il fait un rappel historique. Il y a toujours eu des entrepreneurs au Québec et ils sont au cœur de l'affirmation nationale des dernières décennies. Si certains signes semblent présager que l'entrepreneurship est moins présent dans la société, ce n'est pas ce qui le préoccupe. « Je regarde l'avenir. [Il s'agit] de s'assurer qu'on fasse tous les efforts pour que le Québec demeure un terrain fertile pour l'entrepreneurship.»
Louis Vachon se dit très encouragé par les initiatives en provenance de divers milieux, tel que la Fondation de l'entrepreneurship, l'École d'entrepreneurship de Beauce et le réseau QG100 qui accompagne les PME dans leur défi de globalisation.
« Le QG100, je ne connais pas ça ailleurs sur la planète. Je pense que c'est unique au Québec. Il ne peut y avoir que les Japonais où les grandes entreprises aident les petites entreprises. C'est à notre avantage », se réjouit-il.
Institutions financières trop sévères
Il reconnaît que les institutions financières sont exigeantes envers les jeunes entreprises. Mais il s'en défend en rappelant que c'est le marché qui est exigeant.
Par contre, il souligne que la Banque Nationale se soucie de soutenir la PME bien établie, afin qu'elle aille vers l'international, de mêmes que les fleurons du Québec Inc. comme les Couche-Tard et CGI. L'institution financière valorise aussi l'accompagnement dans le transfert d'entreprise.
« On a mis en place, il y a cinq ans, un groupe qui se spécialise dans le transfert d'entreprises. On a traité 500 dossiers depuis. »
Anges et communautés à l'œuvre
Le banquier reconnaît que la faiblesse de l'entrepreneurship est l'obtention de capitaux de démarrage. Il justifie cette réalité par la standardisation des systèmes qui ont enlevé du pouvoir décisionnel aux directeurs de succursales bancaires. Mais Louis Vachon considère cela comme un moindre mal. Une dette bancaire n'est pas du capital permanent qui assure un bon démarrage d'entreprise.
Il invite les jeunes entrepreneurs à s'adresser aux anges financiers. De plus le président de la Banque Nationale suit avec curiosité le concept du financement participatif, connu sous le nom de crowdfunding, alimenté par les nouvelles technologies et les réseaux sociaux.
« Par contre, il y a un défi important. [Il faut] agencer un site web avec les règles de valeurs mobilières existantes. Il faudra que l'AMF soit impliquée pour protéger les investisseurs et permettre les nouveaux entrepreneurs de soulever leurs premiers dollars ».
Soutenir les entreprises par l'éducation
L'entrepreneurship doit également miser sur la modernité. Louis Vachon invite les manufacturiers à s'intéresser aux technologies robotiques, dont certaines sont peu chères.
Le 21e siècle sera celui des matériaux, entend-il dire. À son avis, les traders printer pourraient changer de façon significative la production manufacturière, surtout si elles ont accès à des coûts d'énergie avantageux.
« Tout cela revient à l'humain. Est-ce qu'il y a des investisseurs prêts à prendre des risques ? Combien de gens au Québec s'intéressent à ces technologies, font de la recherche et du développement au Québec? »
De là à ce que Louis Vachon milite pour le retour d'un cours d'initiation à l'économie dans les écoles québécoises, il n'y a qu'un pas qu'il franchit sans retenue. « Pour maintenir la pépinière entrepreneuriale dans notre société, il faut maintenir et expansionner le curriculum économique et la litéracie financière au secondaire et au collégial au Québec. C'est une question de compréhension des principes de base ».
Outre l'éducation, Louis Vachon croit dans le réseautage et le mentorat. « On en a des gens d'affaires au Québec qui ont des conseils à donner, c'est une richesse qui existe et que les jeunes entrepreneurs devraient encore plus utiliser », conclut-il.
Questions à Louis Vachon
Le ministre Flaherty et le gouverneur de la banque du Canada, Marck Carney ont dénoncé que plus de 500G $ dorment dans les entreprises. Est-ce que c'est sain ?
R. : « Je pense qu'ils ont raison. Au cours des prochaines années, les gouvernements seront en retour vers l'équilibre budgétaire. Le consommateur canadien a sauvé l'économie entre 2007 et 20011, mais il a épuisé ses munitions. Ça nous laisse quoi comme moteur de développement ? De l'investissement dans la croissance et l'exportation. Ce sont les deux secteurs où les entreprises jouent un rôle essentiel. La croissance économique va devoir venir de là.»
Dans plusieurs pays, des banques font faillite. Est-ce que la situation pourrait se produire au Canada ?
R. : « Ce n'est pas dans les cartes. On travaille très fort pour éviter cela. On a eu un contexte réglementaire au Canada qui a aidé. Mais, ce n'est pas parce qu'on est plus intelligent. C'est qu'on a connu une récession en 1991-1992. Il faut donner le crédit au gouvernement canadien d'avoir su resserrer fermement le cadre réglementaire. Il faut rester conservateur et prudent. On n'a pas d'immunité génétique face à la stupidité financière.»
Quelles sont les conditions pour conserver les sièges sociaux au Québec ?
R. : « C'est relié à l'entrepreneurship. Plus il y a d'entreprises créées, plus cela amène des sièges sociaux. À long terme, il n'y a pas d'autres solutions que d'avoir une culture entrepreneuriale très forte et qu'il faut maintenir. »
Les Banques peuvent-elles jouer un rôle dans le maintien des sièges sociaux au Québec ?
R. : « On continue de travailler avec des conseils financiers et on fait du financement pour aider les entreprises à croître. C'est notre rôle. Dans le contexte actuel, avec le nouveau gouvernement Marois, je pense que les gens d'affaires ont dit ce qu'il avait à dire, laissons le gouvernement travailler et on verra ce qui sortira du budget »
Les régimes de retraite de grands employeurs sont en déficit. On parle d'une somme cumulative de 17G $. Dans les municipalités, le déficit s'élève à 5G 4. Que devrions-nous faire ?
R. « C'est un problème réel, mais il y a des solutions. Il faut donner un peu de temps à ces régimes et s'éloigner d'un cadre comptable qui pourrait exagérer les tendances financières. Les gouvernements ont compris que leurs propres règles pouvaient créer un cercle vicieux. Il faut avoir une vision à long terme. »
Certains disent qu'il y a trop de capital de risque au Québec. Par exemple, le Fonds de solidarité a investi 400 M$ en crédit d'emprunt dans les PME. Est-ce que cela vient distortionner le marché ?
R. : « J'aime autant avoir trop de capital de risque que pas assez. Le Fonds est une bonne invention. Mais il y a aussi d'autres capitaux disponibles. Il y a une réflexion à faire au Québec dans ce secteur pour soutenir le démarrage d'entreprises. »