Nicolas Weinberg
Agence QMI
C'est en tenant compte de tous les acteurs de la société, et pas uniquement des actionnaires, que l'entreprise pourra jouer un nouveau rôle dans le domaine culturel. Voilà la vision que Pierre Karl Péladeau a livrée lors de son intervention vendredi au Forum d'Avignon, dans le sud de la France.
Le président et chef de la direction de Québecor intervenait dans le cadre du débat «La force de la diversité culturelle» auquel environ 400 personnes, essentiellement des Européens, assistaient dans la salle du conclave au Palais des papes d'Avignon.
Sur le Vieux Continent, et notamment en France, le rapprochement entre culture et entreprise est une notion qui suscite souvent de l'appréhension. Le modèle de coopération proposé de M. Péladeau a donc suscité l'intérêt et la curiosité de l'assistance. «L'entreprise est aussi redevable aux citoyens, à la collectivité, à la société civile, à la communauté artistique et culturelle», a insisté le patron de Québecor.
En faisant à l'auditoire un résumé de l'histoire du Québec et en évoquant la «lutte permanente» pour la défense et la préservation de la langue française, Pierre Karl Péladeau a aussi rappelé que la diversité culturelle, thème central du débat, aurait bien du mal à exister sans la diversité du langage.
Le problème du «rouleau compresseur anglo-saxon» évoqué par M. Péladeau a d'ailleurs trouvé écho auprès des participants et du public qui ont, eux aussi, admis que contenir l'hégémonie culturelle américaine est toujours d'actualité pour la préservation de cette diversité.
Il a également été question des rapports entretenus entre ce que certains intervenants ont appelé la «culture cultivée» (poésie, littérature, musique classique, etc.) et la culture populaire. De l'avis de M. Péladeau, l'une n'exclut pas l'autre, bien au contraire. La pérennité économique acquise grâce au succès de la culture populaire permet ainsi de financer des productions non rentables, mais qui sont «essentielles» pour maintenir la culture québécoise, a expliqué Pierre Karl Péladeau.
Questions-réponses avec M. Péladeau
Agence QMI : De quelle façon, selon vous, le rôle de l'entreprise a-t-il évolué dans le domaine culturel ?
Pierre Karl Péladeau : Ces dernières décennies, la valeur aux actionnaires a, semble-t-il, été le concept dominant. Mais l'entreprise n'est plus, en ce qui me concerne, un véhicule qui est uniquement au service des actionnaires. L'entreprise est également au service d'autres parties prenantes, c'est-à-dire l'ensemble des participants à l'intérieur de la société. Ce ne sont pas seulement les actionnaires, mais ce sont aussi les artistes, les politiciens, les citoyens et la société civile en général. Tous ces gens-là et tous les membres de la société participent au succès des entreprises. Il est donc normal qu'il y ait une sorte de «retour d'ascenseur», ainsi qu'une ouverture d'esprit de la part des dirigeants pour bien s'assurer que ce qui fait la force et la richesse de notre activité puisse avoir le bénéfice d'une grande pérennité.
Agence QMI : Cette vision a suscité la curiosité de l'assistance du Forum d'Avignon, essentiellement composée d'Européens, qui ne s'attendaient peut-être pas à entendre un tel discours de la part d'un chef d'entreprise nord-américain. L'approche que vous avez présentée est-elle pionnière ?
Pierre Karl Péladeau : Il y a une histoire, une série de contraintes qui existent, un système d'organisation qui veut qu'un conseil d'administration soit redevable à la valeur des actionnaires, mais il faut aller plus loin. Il faut aussi penser que si la grande majorité de la population se porte mieux, l'entreprise, elle aussi, va pouvoir en bénéficier. Il y a toujours eu des dirigeants et des fondateurs d'entreprise qui ont été, et sont encore, de grands mécènes. Donc, le mécénat existe. Il s'agit maintenant d'intégrer la réflexion du mécénat dans la vie quotidienne de l'entreprise.
Agence QMI : Vous avez aussi évoqué la possibilité que l'entreprise se substitue à l'État dans le domaine culturel ?
Pierre Karl Péladeau : On observe actuellement un retrait des missions de l'État à l'intérieur de la sphère culturelle, retrait qui n'est peut-être que temporaire s'il s'avère qu'il est seulement lié au ralentissement économique. En attendant, il faut tenter de trouver un nouveau véhicule capable de compenser ce retrait, et l'entreprise peut caractériser ce véhicule.
Agence QMI : Il y a quelques semaines, vous étiez au Mipcom, à Cannes. Vous êtes à présent au Forum d'Avignon. Est-ce que Québecor a des projets d'investissement ou de développement en France ?
Pierre Karl Péladeau : Non. Je suis venu en réponse à des invitations qui m'ont été faites pour participer au Mipcom, dont le thème était cette année le Canada. Aujourd'hui, je suis également là sur l'invitation du Forum et de certains Québécois qui sont assidus, ici à Avignon depuis quelques années, comme, par exemple, Bernard Landry.