Rémi Nadeau
Agence QMI
C’est en fulminant contre la direction de Gesca que les syndiqués de la rédaction du journal Le Soleil ont accepté à 71 % l’entente de principe conclue pour le renouvellement de leur contrat de travail.
« Celui qui est à l’autre bout de l’autoroute 20 a pris une décision administrative qui me fait mal au cœur. J’ai toujours eu Le Soleil tatoué sur le cœur, mais là, le tatouage s’estompe », a résumé le journaliste Yves Therrien, à sa sortie de l’assemblée générale qui a duré plus de trois heures.
Comme tous ses collègues, il n’a pas apprécié que le président de Gesca, Guy Crevier, menace de fermer le journal si les employés n’acceptaient pas d’importantes concessions dans leurs conditions de travail.
« Je ne peux pas être enragé, on n’a pas le choix, il me reste 10 ans avant ma retraite. Par contre, si je demeure passionné de mon métier, je n’aurai pas la même passion pour les dirigeants de Gesca », a-t-il ajouté.
« Nous n’avions pas le choix de dire oui, même si c’est à contrecœur, même si tout le monde est déçu », a renchéri le journaliste Jean-François Tardif, alors que le vétéran chroniqueur politique, Gilbert Lavoie, signalait que les lock-out imposés par Quebecor avaient eu une influence sur le déroulement de la négociation au Soleil.
« Ça amène une réflexion sur où on en est, les journalistes, dans un univers difficile, qui n’est plus du tout le même », a-t-il commenté.
Concessions
Non seulement les employés verront leur semaine de travail passer de 32 heures sur quatre jours à 35 heures sur cinq jours et leur salaire gelé pendant trois ans, mais en plus, le syndicat n’a pas été en mesure d’arracher en contrepartie un engagement de Gesca à maintenir un plancher d’emploi.
« Ce sont des reculs considérables et il y a beaucoup d’inquiétudes », a indiqué le président du syndicat de la rédaction, Baptiste Ricard-Châtelain, au terme de l’assemblée qu’il a qualifiée d’émotive.
Selon lui, Gesca a fait la démonstration qu’il n’avait plus de leçons à donner en matière de relations de travail.
« Ils se sont targués d’avoir des relations différentes de Quebecor, mais qu’on parle d’un lock-out ou d’un arrêt de publication, c’est la même chose », a déclaré M. Ricard-Châtelain, précisant que ce triste épisode laissera des traces dans la salle de rédaction du quotidien de la Vieille-Capitale.
« On s’est fait imposer un règlement sous la menace de fermeture, alors pour les prochains mois, les relations de travail seront extrêmement difficiles », a-t-il laissé tomber avec dépit.
Les 250 employés du Soleil, affiliés à la CSN, étaient sans contrats de travail depuis le 31 décembre 2009.