Jean-François Cloutier
Argent
Les trois principaux partis politiques ont fait pendant la campagne des promesses totalisant plusieurs milliards de dollars, mais ils promettent tous de respecter le cadre de retour à l'équilibre budgétaire à brève échéance.
Comment parviennent-ils à ce tour de force? En recourant massivement à un endettement invisible à court terme qui risque d'hypothéquer la marge de manœuvre des générations futures.
Un coup d'œil sur les cadres financiers des trois partis montre qu'aucun d'eux ne se prive pour promettre des dépenses de centaines de millions qui n'apparaîtront pas dans le déficit dans l'immédiat.
Même le Parti libéral, dont le programme est réputé le plus conservateur économiquement, prévoit un train de mesures financées directement par la dette. Des dépenses de 1,7 G$ entraînent un impact financier de seulement 119 M$ dans son cadre financier.
Par exemple, la rénovation des stations de métro, au coût de 325 M$, n'entraîne dans son cadre qu'un impact de 22,75 M$.
Le Fonds Ambition Québec, doté d'une enveloppe de 500 M$, coûterait à court terme 25 M$ aux libéraux.
Des promesses de plusieurs milliards jumelées à un déficit presque nul s'expliquent par le fait que les dépenses d'infrastructure, qui oscillent en ce moment autour de 10 G$ par année, sont comptabilisées directement dans la dette, et n'apparaissent dans le déficit qu'au fil du temps. C'est la même chose pour les prêts consentis par le gouvernement aux sociétés d'État, sauf Hydro-Québec.
Contrairement aux dépenses courantes du gouvernement, comme les dépenses de programmes sociaux, les dépenses d'infrastructure sont considérées comme de la bonne dette.
En entrevue, le professeur d'économie à HEC Montréal, Martin Coiteux, a expliqué qu'il était juste de distinguer dépenses courantes et investissements en infrastructures, mais que cela pouvait entraîner des comportements financiers dangereux. « À court terme, ça donne l'impression que ça ne coûte pas grand-chose, voire que c'est gratuit », a-t-il dit.
M. Coiteux ajoute que ce ne sont pas toutes les infrastructures qui s'avèrent être des actifs productifs à long terme. « Il y a des infrastructures qui deviennent des éléphants blancs et qui rapportent très peu », a-t-il dit, faisant référence au Stade olympique notamment.
Selon M. Coiteux, de nombreux projets gouvernementaux sont mis en branle en ce moment, sans qu'une sérieuse analyse du rapport coûts-bénéfices ait été réalisée.
Le professeur voudrait, pour donner une idée à la population du coût des projets, que le gouvernement s'engage à inscrire au moins une partie du coût dans ses dépenses courantes, en ne recourant pas seulement à l'endettement. « Comme quand vous achetez une maison, ce serait normal que Québec mette une mise de fonds quand il démarre un projet », a-t-il commenté.