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Mathieu Turbide
Argent
À deux mois du 1er juillet, la course aux logements dans des secteurs prisés de Montréal donne lieu à un phénomène d'enchères qui fait monter de façon spectaculaire le prix de certains loyers.
Ainsi, dans quelques secteurs de la métropole, comme le Plateau-Mont-Royal, le Mile-End et le centre-ville, des propriétaires offrent leur logement au plus offrant, après avoir organisé des blitz de visites.
D'autres propriétaires décident même de hausser le prix affiché de leur logement, après avoir reçu des offres plus élevées que le prix demandé.
Stéphane Hébert, qui cherche actuellement un logement à Montréal, en a fait l'expérience cette semaine. Trois jours après avoir visité un logement annoncé à 850 $ par mois, il a reçu de la propriétaire le courriel suivant : «Bonjour, je tiens à vous aviser que le prix de l'appartement au XXXX Clark a été augmenté. Des locataires potentiels ont fait un prix d'offre de 1 000 $.»
Bulle spéculative ?
«C'est plutôt particulier comme méthode, trouve-t-il. Mais ce qui m'inquiète, c'est qu'on est peut-être en train d'assister à la création d'une bulle spéculative. Que sera le marché dans 5 ou 10 ans, si ça se poursuit?»
Ces tendances, déjà remarquées dans le marché de la vente, sont plutôt nouvelles dans le marché locatif, selon la Régie du logement et la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ).
«Ça doit être assez rare, croit Hans Brouillette, de la CORPIQ. Car les taux d'inoccupation à Montréal ne sont pas très élevés. Ce n'est pas comme au début des années 2000, où il y avait pénurie.»
«Il est possible que certains logements très bien situés portent à ce genre de pratique, mais les propriétaires ne nous appellent pas pour nous le dire» poursuit-il.
«Nous n'avons pas reçu de plaintes à ce sujet», indique Jean-Pierre Le Blanc, porte-parole de la Régie du logement.
«Mais nous n'avons pas juridiction pour empêcher cette pratique, ajoute-t-il. C'est seulement le locataire qui peut contester le prix fixé pour le loyer.»
Selon M. Le Blanc, un locataire qui serait pris au centre d'une telle opération de surenchère pourrait, à la limite, accepter le nouveau prix, signer le bail et ensuite contester l'augmentation du loyer devant la Régie.
«Le locataire a le droit de demander une révision du prix, s'il juge la hausse exagérée par rapport à ce que payait l'ancien locataire. La Régie décidera ensuite de ce qui pourrait être une augmentation raisonnable», souligne-t-il.
Mais selon Stéphane Hébert, les locataires qui acceptent de jouer à ce jeu, surtout ceux qui prennent les devants et offrent des montants plus élevés que le prix demandé, seraient plutôt mal placés pour porter plainte par la suite.