Carl Renaud
Argent
L'acteur français Gérard Depardieu n'est pas le premier artiste d'envergure internationale à déserter son pays d'origine pour économiser de l'impôt . Éric Clapton, Neil Jordan, Mick Jagger et ses acolytes des Rolling Stones l'ont fait dans le passé. Chez-nous, Luc Plamondon a posé le même geste.
Le célèbre compositeur a résidé en Irlande pendant cinq ans avant de s'établir en Suisse, il y a quelques années. Il a déserté l'Irlande lorsque le pays européen a cessé d'offrir une exonération d'impôt aux créateurs.
Le Québec compte toutefois peu de cas connus comme celui de Luc Plamondon même si la province est l'État le plus taxé en Amérique du Nord. «Ça prend des gens qui ont des revenus assez élevés de un ou deux millions par année», a expliqué François Prud'homme, fiscaliste chez Ernst & Young.
Pour les moins riches, l'économie d'impôt obtenue ne vaut pas le coût d'un déménagement à l'étranger. En plus, les riches qui quittent sont imposés à la sortie selon certaines modalités.
«Ceux qui deviennent non résident du Canada doivent payer de l'impôt sur la disposition présumée de leurs biens», a expliqué M. Prud'homme, soulignant que la facture peut être reportée.
Seulement 62 artistes sur les 7751 membres de l'Union des artistes (UDA) ont une adresse à l'extérieur du Canada. Ce qui ne signifie pas qu'ils ne paient plus d'impôt au pays, a tenu à préciser un représentant de l'UDA. La majorité de ces artistes vivent aux États-Unis car ils gagnent leur vie à New York ou Los Angeles.
Ces vedettes qui travaillent à l'étranger peuvent toutefois choisir de changer de lieu de résidence si leur terre d'accueil propose un taux d'imposition inférieur. Dans certains états américains, le revenu des particuliers n'est même pas imposé. C'est le cas du Nevada où se trouve Las Vegas, de la Floride et du New-Hampshire.
Les artistes québécois, qui travaillent dans les salles de spectacle de Las Vegas pendant quelques années, ont donc la chance d'épargner beaucoup d'impôt en déménageant leur lieu de résidence.
L'humoriste André-Philippe Gagnon a vécu sept ans à Las Vegas, en compagnie de sa famille. Mais l'artiste a continué de payer de l'impôt au Québec, selon son gérant Pierre Gravel. Dans un cas comme celui là, l'impôt payé aux États-Unis est soustrait de la somme à verser au Canada.
La fiscaliste Brigitte Alepin, auteur du livre Ces Riches qui ne paient pas d'impôt, conseille d'ailleurs aux artistes d'évaluer les conséquences sur leur image avant de changer d'adresse. «Les artistes qui posent un tel geste peuvent devenir moins populaire», a-t-elle exprimé.
Par contre, les gains peuvent être colossaux pour les vedettes les plus riches. Il y a quelques années, le journal britannique The Independant a rapporté que des stratégies fiscales ont permis aux Rolling Stones de verser seulement 1,6% de leurs revenus en impôt sur une période de 20 ans.