Michel Munger
Argent
En deux jours d'audiences au CRTC, les gros fournisseurs de télécoms se sont dit contre un plafond de 50 $ sur les frais d'itinérance payés par les consommateurs utilisant leur sans-fil à l'étranger.
Jusqu'ici, le Conseil a entendu les plaidoyers de Telus et Rogers dans le cadre de la création de son code de conduite pour l'industrie.
Les deux entreprises ont questionné le réalisme d'un plafond de 50 $ en frais d'itinérance. L'idée a été mise de l'avant afin de répondre aux préoccupations exprimées par les consommateurs lors d'une consultation.
Ce montant est bas parce que le mobile est plus cher en mode itinérant, rappelle Ted Woodhead, vice-président aux Affaires réglementaires chez Telus. «Si vous allez à Paris, vous échangez de l'information entre l'Europe et le Canada. Ça coûte moins cher de prendre un forfait prépayé de France Telecom avec votre téléphone.»
Le CRTC propose d'envoyer une alerte au client à l'étranger lorsqu'il s'approche des 50 $..
Les fournisseurs hors Canada ne rapportent toutefois pas la consommation en temps réel, dit Ted Woodhead. «Si vous allez à Paris et que vous faites des appels, nous ne le saurons pas avant 30 jours.»
Étant incertains de faire respecter la limite de 50 $, les fournisseurs offriraient moins de choix aux consommateurs, avertit Troy Crandall, analyste en télécoms pour la société d'investissement MacDougall MacDougall Mactier.
«Par exemple, vous ne pourriez pas vous faire offrir le service par Bell au Mexique si son partenaire n'était pas en mesure de se conformer», explique-t-il.
La solution de Rogers
Rogers croit que son nouveau plan d'itinérance aux États-Unis est un meilleur exemple à suivre. À partir du printemps, ses clients pourront débourser 7,99 $ pour un forfait de 50 megaoctets de données par jour.
«Ça donne 1,5 Go par mois, soit le double de la consommation normale, indique Raj Doshi, chef des produits de Rogers. La structure de prix est conçue pour assurer la tranquillité d'esprit.»
Le débat sur l'itinérance préoccupe beaucoup l'industrie. En janvier, une demande de recours collectif a été déposée en Cour supérieure du Québec sur les tarifs de Rogers, Bell et Telus.
Surveiller en tout temps
En sol canadien, le CRTC suggère que les clients se fassent avertir en temps réel lorsqu'ils épuisent les minutes d'appel, de textos et de données à leur forfait. À l'heure actuelle, les fournisseurs le font seulement pour les données.
«Nous avons indiqué [au CRTC] que modifier tous nos systèmes coûterait des dizaines de millions de dollars, précise Raj Doshi, chez Rogers. Sur nos neuf millions de clients, certains vont déjà chercher l'information sur leur consommation [avec une application ou sur le Web]. C'est une autre chose d'en faire le suivi en tout temps.»
«Le faire avec les minutes d'appel coûterait très cher ou serait impossible, indique Ted Woodhead, chez Telus. Il faudrait déterminer si un appel en cours est payant ou inclu dans votre forfait.»
Argent n'a pu rejoindre les représentants de Bell Canada afin de recueillir leur point de vue.