Michel Munger
Argent
Alors que la campagne électorale bat son plein, les agriculteurs affichent des inquiétudes sur leur avenir. Certains spécialistes croient toutefois qu'ils se trompent quant aux solutions mises de l'avant.
D'ici la fin de la semaine, les dirigeants de l'Union des producteurs agricoles (UPA) auront rencontré les chefs des principaux partis politiques québécois. Ils espèrent que leur liste d'épicerie trouvera un acheteur auprès des futurs gouvernants.
En tête de liste se trouve la gestion de l'offre, que l'UPA juge plus importante que jamais. Les producteurs espèrent que le risque pris chaque année sur les fermes sera encore partagé, dans un contexte économique qui change.
«Le Canada mène une dizaine de négociations bilatérales avec l'Europe et l'Asie-Pacifique, rappelle Marcel Groleau, président de l'UPA. Nous réitérons l'importance pour le Québec de suivre ces négociations de près pour que le gouvernement fédéral tienne ses engagements envers l'industrie.»
Le marché de l'agriculture reste fort volatile et sa mondialisation sème l'inquiétude, indique M. Groleau. «Personne n'avait prévu la sécheresse aux États-Unis, dit-il. Nous n'avons aucun contrôle sur les prix internationaux. Une production accrue passe par le partage des risques.»
D'autre part, l'UPA milite pour l'achat local. Elle souhaite que le Québec soutienne la présence des produits québécois en épicerie et qu'il donne un coup de main aux marchés publics. L'organisme prône aussi une politique d'achat local par les établissements publics.
C'est sans oublier la mise en place de politiques de développement durable pour le secteur.
L'industrie alimentaire devrait penser à exporter plutôt qu'à protéger la gestion de l'offre, réagit Sylvain Charlebois, chercheur spécialisé en politique et en alimentaire à l'Université de Guelph.
«La création de richesse passe par la transformation, explique-t-il. Nous avons beaucoup de PME qui doivent augmenter leur capacité pour développer des marchés à l'international. Ça forcerait les producteurs à réviser leurs modèles d'affaires.»
«Les membres de l'UPA devraient se préoccuper de logistique et de commercialisation, ajoute-t-il. Les produits du terroir offrent beaucoup de valeur aux consommateurs québécois. Ce terroir ne doit plus avoir de frontières.»
«La transformation, illustre M. Charlebois, c'est la moutarde dans l'Ouest, les pêches en Ontario, le vin et le fromage au Québec.»
S'il ne s'entend pas avec M. Charlebois sur la gestion de l'offre, Marcel Groleau voit lui aussi la transformation dans sa soupe.
«Dans la présente campagne, dit-il, nous souhaitons que le gouvernement utilise le secteur comme moteur de développement économique. Présentement, il comprend 120 000 emplois directs et indirects. La demande mondiale est en croissance. Nous sommes à un moment crucial de notre histoire si l'on veut faire partie des pays qui participent à ce marché.»