Olivier Bourque
Argent
Au lendemain de son annonce de stopper ses investissements au Québec, Talisman Energy (TLM) a tenté de calmer le jeu en affirmant qu'il s'agit avant tout d'une décision d'affaires tout en évitant de dire si cela doit être interprété comme un retrait définitif de la province.
«Nous ne quittons pas le Québec, nous conservons tous nos permis, une vingtaine environ. Nos puits restent aussi notre propriété», a indiqué Stéphane Perreault, porte-parole de Talisman.
Talisman souligne qu'il s'agit d'une décision d'affaires. «Nous sommes arrivés à cette conclusion compte tenu du contexte difficile au Québec car nous ne savons pas quand il y aura commercialisation du gaz», assure M. Perreault qui ne veut pas se prononcer sur le futur de la société dans la province.
Cette décision de Talisman de quitter le Québec a mis à mal leurs résultats financiers du troisième trimestre. L'entreprise a d'ailleurs annoncé une perte de 731 millions $ en raison surtout de la dépréciation de leurs actifs au Québec et ailleurs dans le monde.
Le nouveau PDG de Talisman Hal Kvisle qui remplace John Manzoni avait d'ailleurs averti lors de son arrivée le 10 septembre dernier que certains actifs allaient être vendus assez rapidement.
L'ÉES et après le BAPE ?
Selon Talisman, l'évaluation environnementale stratégique (ÉES) qui doit évaluer les impacts d'une exploitation des gaz de schiste pourrait s'étaler sur un an et demi. Et l'incertitude demeure sur les recommandations du comité mis en place
«On en sait pas ce qu'il y aura après, on ne sait pas ce qu'il y aura dans le rapport», affirme le porte-parole.
Selon ce qu'ont laissé entendre certains ministres du gouvernement Marois, le Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE) pourrait d'ailleurs avoir son mot à dire dans le processus.
Appelé à commenter le retrait de Talisman, Junex ne croit pas à un retrait définitif de la part de l'Albertaine.
«Ce n'est pas une grande surprise, car c'est vrai toutes les entreprises dans le gaz au Québec sont en attente. Mais il ne s'agit pas d'un abandon comme tel», croit Dave Pépin de Junex.
Les environnementalistes mettent en garde
De son côté, l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique espère ne pas voir dans le retrait de Talisman une forme de menace envers le gouvernement québécois.
«On a l'impression que cette annonce-là, c'est pour intimider. Pour faire peur au monde. En fait, il est très clair qu'ils partent en raison du bas prix de gaz naturel. Ce n'est pas rentable et le marché est saturé», croit André Bélisle, président de l'association.
M. Bélisle croit aussi qu'il serait mal venu de la part de l'industrie de quitter et de demander réparation après coup. Talisman a investi 109 millions $ au Québec dans le secteur des gaz de schiste.
«Ils ont obtenu les permis pour rien. Ils ont obtenu une aide publique importante également par toutes sortes de crédits d'impôts et d'actions accréditives, donc je crois que les contribuables ne devraient pas payer davantage si l'industrie décidait de poursuivre le gouvernement», croit M. Bélisle.
Selon des sources consultées, certains gros joueurs seraient déjà en train de planifier l'après gaz de schiste afin de récupérer leurs billes investies au Québec. Aucune entreprise n'a fait part de cette intention publiquement.