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Michel Munger
Argent
L'enjeu de la délocalisation fait des mécontents au sein de la société Bell Canada (BCE). Un des syndicats mène une campagne là-dessus ces jours-ci au centre-ville de Montréal.
En effet, le Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP) a distribué, mardi, des dépliants aux abords des stations de métro Berri-UQAM, Jean-Talon et Square Victoria, à Montréal. De plus, ils ont été présents à la gare centrale de train.
Les employés rattachés au SCEP estiment que la délocalisation est néfaste, tant pour eux que pour le service à la clientèle. Ils demandent aux clients de Bell d'insister pour parler à un travailleur québécois syndiqué lors de leurs échanges avec la compagnie.
Les employés dénoncent des délocalisations depuis des années. Ils ont déjà rapporté, en 2011, qu'une centaine de techniciens au centre-ville de Montréal voyaient une partie de leur travail se déplacer vers la Tunisie. À l'époque, Bell avait aussi amorcé la délocalisation vers les Bahamas de nouveaux emplois de bureau servant le marché affaires.
Ces décisions d'affaires sèment la grogne, fait savoir Michel Ouimet, vice-président exécutif du SCEP. «Bell Canada envoie de plus en plus d'emplois en Tunisie, en Inde et au Maroc, où le français est courant ou peut être appris.»
« La compagnie devrait se comporter comme un bon citoyen corporatif, d'autant plus qu'elle a agi dans une situation monopolistique durant plusieurs années. Avant d'acheter un téléphone cellulaire, je pense que maintenant les gens doivent se demander si l'entreprise choisie va créer des emplois ici ou en Inde », a indiqué Michel Nadeau, directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques.
Exiger le rapatriement
L'entreprise est ainsi accusée de réduire son poids en sol canadien et de contourner les unités syndicales auxquelles les travailleurs sont affiliés.
«Nous sommes partis de 12 000 membres au Québec et en Ontario il y a une dizaine d'années, à environ 8000 membres aujourd'hui, ajoute M. Ouimet. Nous sommes tannés. Nous serons en négociation en mars et une revendication prioritaire sera le rapatriement des emplois envoyés outre-mer, au Québec ou au Canada.»
Les travailleurs québécois coûtent plus cher mais ils sont compétents, assure le syndicaliste. «Nos membres sont des experts. Ils pourraient former du monde ici au lieu de voir Bell exporter les emplois ailleurs.»
Bell se défend en indiquant que le nombre d'employés dans ses centres d'appels a augmenté de plus de 26 % au cours des 3 dernières années.
« Bell confie certaines fonctions spécialisées à ses partenaires, ici et à l'étranger, afin de tirer parti d'une expertise technique unique ou d'étendre ses heures de service sur une période de 24 heures. Bien entendu, la très grande majorité du travail est effectuée par les employés de Bell ici même au Québec et partout au Canada, et ce sera toujours le cas », a mentionné Jean Charles Robillard, chef divisionnaire, communication de l'entreprise.