Michel Munger
Argent
La construction québécoise n'est pas le diable que dépeignent les médias et l'atmosphère négative qui l'entoure heurte le lancement de projets structurants, plaide Pierre Pomerleau.
Le PDG de Pomerleau, le plus gros constructeur du Québec, s'est vidé le cœur, mardi, lors d'un discours prononcé devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
Selon cet entrepreneur, les médias se concentrent seulement sur les dépassements de coûts et la corruption.
«On ne parle jamais des 99,9% qui se terminent sans dépassements budgétaires, à l'intérieur de l'échéancier prévu, déplore-t-il. Tout ce dont nous entendons parler est le Stade olympique, le métro de Laval, la Gaspésia et l'îlot Voyageur.»
Selon son point de vue, l'industrie est généralement saine… et étroitement surveillée. «Ce matin, je me suis retrouvé à un déjeuner et il avait un dirigeant du Stade olympique à côté de moi. Il m'a souligné que je n'aurais pas le droit d'aller luncher avec lui. Je ne pourrais pas lui vendre ma salade.»
Freiner l'économie
Ce niveau de surveillance, la réglementation et les pressions sociales feraient plus de tort que de bien au Québec.
«C'est long, lancer un projet, regrette M. Pomerleau. Les groupes de citoyens ont beaucoup de force. Ils peuvent nous ralentir, ce qui ne permet pas de relancer l'économie.»
L'avenir de Montréal est pourtant prometteur, selon lui, grâce aux grands projets. Il s'agit de la construction de nouveaux centres hospitaliers universitaires, des intentions de refaire tant l'échangeur Turcot que le pont Champlain, ainsi que du développement de quartiers comme Griffintown.
Ces grands travaux et un meilleur climat d'affaires pourraient redonner à la ville son titre de grande métropole.
«Il faut que ce que l'on fait actuellement soit suivi par [davantage] d'investissements privés, raconte-t-il. Nous sommes en train de transformer la ville. Je suis très positif sur [l'avenir] de Montréal.»
L'obsession des bas prix
La règle du plus bas soumissionnaire heurterait le niveau de qualité des projets québécois, avance Pierre Pomerleau. «Nous ne mettons peut-être pas assez l'accent sur la qualité. En Ontario, les contrats comportent toujours un aspect qualitatif plus important qu'ici.»
Il croit que la construction est une industrie clé pour le Québec, car elle génère un emploi sur 20 et sollicite 46 G$ d'investissements par année.
Pour sa part, Pomerleau a dépassé le cap du milliard avec son chiffre d'affaires l'an dernier. Elle s'attend à le hausser à 1,35 G$ en 2012.