Alexandre Cantin
Agence QMI
Le coût de la construction sur la Côte-Nord est plus élevé qu'ailleurs au Québec et présente un écart de 30 %, parfois plus. L'organisme Développement économique Sept-Îles qui tente d'expliquer cette différence, a trouvé certaines réponses, mais il reste des zones d'ombre.
Les coûts du transport dû à l'éloignement et une rareté de main-d'œuvre expliquent en partie cette différence de prix. «La main d'œuvre, dès qu'elle vient de l'extérieur, c'est 1000 $ par semaine par travailleur de coût supplémentaire», a expliqué le président de Développement économique Sept-Îles, Luc Dion.
D'autres facteurs influençant le coût de la construction ont aussi été identifiés : les conditions climatiques plus rigoureuses sur la Côte-Nord et le respect systématique des décrets de la construction par les syndicats. «Ailleurs, on fait ça à la bonne franquette alors qu'ici, on respecte les corps de métier», a précisé Luc Dion.
Toutefois, il manque de réponses, surtout en ce qui a trait aux prix des matériaux de construction.
«Ils sont parfois plus cher à Sept-Îles qu'à Havre-St-Pierre, a dit M. Dion. On ne peut pas comprendre ça. On achète 250 kilomètres plus loin des centres de distribution et ça coûte moins cher. Y'a la prime nordique qu'on s'explique pas encore, mais qu'on constate. Le béton, l'asphalte et l'acier, curieusement, dès qu'on sort de Sainte-Anne-de-Beaupré, ça coûte plus cher.»
Selon ce qu'a constaté Développement économique Sept-Îles, le béton peut coûter deux ou trois fois plus cher sur la Côte-Nord qu'ailleurs. À Fermont, c'est pire. Le béton se vend cinq fois plus cher.
«On comprend qu'il y a du transport, mais il y a de l'abus, on en est convaincu, a dit M. Dion. Ce n'est pas de la collusion, mais il y a une prime parce qu'on est sur la Côte-Nord. On n'est pas la commission Charbonneau, on n'est pas rendu là.»
Les ministères québécois appliquent un facteur d'ajustement pouvant atteindre 40 % lorsqu'ils planifient des projets sur la Côte-Nord. La Ville de Sept-Îles est aussi habituée à des coûts de construction élevés.
«De multiples causes peuvent expliquer cela, a indiqué le directeur général de la Ville de Sept-Îles, Claude Bureau. Est-ce que ça explique tout? Est-ce que les différents facteurs ont le même degré d'importance? Je ne pourrais pas vous dire.»
D'ailleurs, il rencontrera la semaine prochaine, comme d'autres représentants municipaux de la Côte-Nord, des enquêteurs de la commission Charbonneau. Mais Claude Bureau est formel : il n'a aucun indice lui permettant de soupçonner de la corruption ou de la collusion dans les projets qu'il a eu à gérer.
«De façon plus pointue, si la commission Charbonneau se penche sur cet aspect à savoir si ces éléments peuvent expliquer en partie [les coûts de construction plus élevés], ce sera leur mandat. On ne peut pas être contre ça», a conclu le maire Bureau.