Jean-Sébastien Marsan
Argent
Au mois de mars, les citoyens et les entreprises de transport risquent d'attendre plus longtemps à la frontière canado-américaine, avec les pertes économiques que l'on imagine. À cause d'un bras de fer politique, à Washington.
Les élus démocrates et républicains ne parviennent pas à s'entendre sur les mesures à prendre pour réduire la dette des États-Unis (qui dépasse les 16 000 milliards $ US).
Si l'impasse persiste, des compressions budgétaires de 85 milliards $ s'abattront automatiquement sur plusieurs services publics fédéraux à compter du 1er mars. Un processus que nos voisins du Sud nomment « sequestration », en vertu d'une loi adoptée en 2011.
Entre autres, les services frontaliers américains pourraient supprimer l'équivalent de 8 000 postes. La réduction des heures travaillées de l'équivalent de plus de 5 000 postes d'agents frontaliers et de 2 750 inspecteurs est déjà planifiée.
L'administration de la sécurité des transports devra mettre ses 50 000 employés au chômage partiel, jusqu'à un jour par mois, et l'administration fédérale de l'aviation devra réduire le temps de travail de contrôleurs aériens. Dans les grands aéroports, l'attente moyenne pour les formalités pourrait augmenter de 30 à 50 %.
« Il y aura des coûts pour nos entreprises manufacturières, des coûts qui seront peut-être refilés aux consommateurs », s'inquiète Simon Prévost, président de Manufacturiers et exportateurs du Québec.
Il rappelle que les gouvernements canadien et américain ont lancé en décembre 2011 « Par-delà la frontière / Beyond the border », un plan d'action pour améliorer la fluidité aux frontières et favoriser le commerce. « S'il y a des coupures dans le personnel aux douanes, ces efforts seront effacés », déplore Simon Prévost.
La Maison-Blanche a dévoilé dimanche ses prévisions de compressions, État par État. Plusieurs d'entre elles pourraient affecter les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis.
Par exemple, le budget de la Défense sera réduit de 8 % par rapport à son budget initial pour 2013 (qui se termine le 30 septembre), ce qui pourrait réduire le carnet de commandes de sous-traitants canadiens.
Une ponction de 85 milliards $ ne représente que 0,3 % des dépenses fédérales prévues en 2013, mais elle aurait des effets à long terme sur l'économie, les pertes d'emplois entraînant une baisse de la consommation intérieure.
De tristes perspectives pour les entreprises canadiennes… « Des milliers d'emplois perdus aux États-Unis, ce seront des gens qui n'auront plus les moyens d'acheter des produits canadiens ou des produits américains qui ont des composantes canadiennes », redoute Simon Prévost.