Sébastien Ménard
Le Journal de Montréal
Déjà financée par les contribuables à hauteur de 4M$ par an, la Fédération des commissions scolaires demande à ses membres de piger encore 250 000 $ dans leurs coffres pour l'aider à mettre en place un «plan de communication» visant à redorer leur image.
«On le voit à travers la presse en général et la ministre elle-même le dit, on sent que la population méconnaît les commissions scolaires», fait valoir la présidente de leur fédération, Josée Bouchard.
Une analyse de la firme Léger Marketing témoigne d'ailleurs de cette méconnaissance, qui entraîne des «perceptions négatives», souligne-t-on à la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ).
Face à ce constat, les membres de la FCSQ ont résolu de mettre en place un «plan d'information, de valorisation et de mobilisation» destiné d'abord à leur personnel ( voir encadré)
Pour y arriver, la FCSQ a invité les commissions scolaires à lui verser une «contribution volontaire», qui varie en fonction de la taille de chacune. Certaines ont fait parvenir leur chèque à la FCSQ au cours des dernières semaines.
La CS des Affluents, sur la Rive-Nord, lui a par exemple expédié 7 148 $, alors que la CS des Hauts-Cantons, en Estrie, lui a envoyé 2 997 $. En tout, la FCSQ prévoit recueillir 250 000 $, ce qui représente une moyenne de 4 000 $ par organisme
Valoriser l'école publique
La FCSQ est déjà financée en quasi-totalité par les contribuables, par le biais des cotisations que les commissions scolaires lui versent. L'an dernier, celles-ci ont pigé 4,2 M$ dans leur budget pour assurer son fonctionnement. Des observateurs jugent que les 250 000 $ que la FCSQ réclame maintenant auraient pu servir à améliorer les services aux élèves.
Mais Josée Bouchard réplique que cet argent n'est «pas pris dans les services éducatifs» et que, globalement, le montant n'est «pas énorme». Elle plaide que «les ministres de l'Éducation successifs» n'ont jamais mis en place une véritable campagne de promotion de l'école publique, alors que «le privé nous fait une concurrence assez extraordinaire.»
«C'est important de se donner les moyens pour valoriser notre système public d'éducation», argue-t-elle.
UN RÔLE MÉCONNU
*Pour justifier la mise en place de ce plan de communication, la Fédération des commissions scolaires du Québec s'appuie sur les résultats d'une analyse menée par analyse menée par Léger Marketing, dont voici quelques résultats :
* 38 % de la population est incapable de nommer la
commission scolaire de sa région et 32 % ne peut nommer son rôle ou sa mission.
* 77 % de la population se considère mal informée sur le rôle des commissions scolaires et 63 % souhaiterait avoir plus d'information.
* 69 % n'est pas en mesure de se prononcer sur le rôle des élus scolaires.
* 64 % des personnes sondées affirment n'avoir jamais voté lors des élections scolaires, surtout à cause d'une méconnaissance des candidats (53 %) ou des enjeux (47 %).
* 32 % de la population est incapable d'identifier une force des commissions scolaires.
UN PROBLÈME DE PERCEPTION
* L'analyse fait un lien entre cette méconnaissance et les «perceptions négatives» qu'elles entraînent pour les commissions scolaires. En voici des extraits, ainsi que quelques recommandations :
«Dans les groupes de discussion auprès du personnel des établissements, outre cette méconnaissance [...], les commentaires ont également fait ressortir que les élus scolaires sont victimes de perceptions négatives telles que : néophytes du milieu de l'éducation, absents des écoles, en retrait de la réalité, à la remorque de l'administration, questionnés sur leur utilité.»
«Il existe une méconnaissance généralisée des commissions scolaires qui entraîne des perceptions négatives, tant chez la population que chez le personnel des établissements, qui pourraient être corrigées :
1-en mettant en oeoeuvre un plan de communication et de mobilisation interne destiné au personnel ; 2-en déployant auprès de la population une opération majeure d'information [...];
3-en étant davantage présents dans les débats publics.»
LE PLAN EN BREF
* Selon Josée Bouchard, ce plan vise à faire développer, «par les communicateurs des commissions scolaires», de «nouveaux outils de communication» visant à «mobiliser le personnel», car il est parmi «nos meilleurs ambassadeurs pour faire connaître nos services» dans la population.
* La FCSQ assure que ce fameux plan ne se traduira pas, pour l'instant, par des dépenses en publicité. «Ce n'est pas de la publicité comme tel», dit Mme Bouchard. Le gouvernement a d'ailleurs exigé une réduction des budgets accordés à de telles dépenses, reconnaît-elle.
* Ce plan culminera par des «assises régionales» en mai.
DÉJÀ BEAUCOUP DE FONDS PUBLICS
* Les contribuables financent la FCSQ en quasi-totalité par le biais des subventions que lui versent les commissions scolaires. L'an dernier, celles-ci lui ont transféré 4 218 533 $.
* Les 250 000 $ que souhaite aller chercher la FCSQ s'ajoutent à cette cotisation obligatoire.
* Même si la FCSQ soutient que cette somme ne prive les élèves d'aucun service, d'autres observateurs ne sont pas de cet avis. Voici, en théorie, ce que l'on peut payer avec un quart de million de dollars : au moins 6 enseignants ou psychologues scolaires ou 6 000 dictionnaires neufs, par exemple.