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Jean-François Cloutier
Argent
La classe moyenne est mise sous pression. Hausses de taxes, hausses de tarifs, bond du prix des maisons, nouveaux besoins, il devient de plus en plus difficile d'arriver, même quand on fait partie des gens « plus fortunés » capables de payer la pleine contribution santé, selon le nouveau ministre des Finances, Nicolas Marceau.
C'est du moins ce qui ressort d'une enquête d'Argent visant à prendre la mesure des finances des ménages québécois.
Pour mesurer de quelle marge de manœuvre dispose vraiment la classe moyenne pour épargner, nous avons simulé le budget typique d'une jeune famille établie en banlieue, en nous basant sur les estimations de dépenses les plus proches effectuées par des experts. Nous avons tenu compte des impôts qu'elle doit payer.
Nous avons aussi formulé quelques hypothèses. Le couple est composé de deux travailleurs, gagnant respectivement 45 000$ et 30 000$. Il a deux jeunes enfants âgés de moins de six ans.
Il a acquis en 2012 un bungalow au coût de 257 000$ à Sainte-Julie sur la Rive-Sud, une ville qui abrite beaucoup de familles.
La mise de fond, puisée à même les économies REER du couple, était de 5% et le taux du prêt hypothécaire de 3,49%.
Le couple dispose d'une seule voiture, une minifourgonnette de type Dodge Grand Caravan, achetée en 2011. Le coût du panier d'épicerie a été évalué à 15% du budget disponible, soit 181$ par semaine pour quatre personnes.
Les autres postes de dépenses sont évalués en fonction des dépenses moyennes des ménages selon une enquête de 2008 de l'Institut de la statistique du Québec.
Faible épargne
Dans ce budget fictif, on s'aperçoit rapidement que si les couples allouent les proportions moyennes aux diverses dépenses, il ne reste presque rien pour le REER.
Et encore cette évaluation est-elle conservatrice, puisqu'elle suppose que la famille a été disciplinée et n'a pas achetée une maison de type cottage, qui est de plus en plus populaire et qui coûte plus cher.
L'agente immobilière Lucienne Lalonde, courtier immobilier chez Royal Lepage Privilège sur la Rive-Sud, souligne que des jeunes familles ont de plus en plus de mal à accéder à la propriété.
« Pour arriver à s'acheter une maison qui leur convienne, de plus en plus de jeunes familles sont obligées de s'éloigner de Montréal, d'aller vers Marieville, Saint-Mathias, Saint-Amable », explique-t-elle.
Un niveau bas pour tous
Selon le sociologue Simon Langlois, de l'Université Laval, qui s'est penché sur la classe moyenne, il est indéniable que la classe moyenne québécoise a subi un appauvrissement depuis 1982 en ce qui a trait aux salaires. Alors que dans les années 1970, il était possible de faire vivre une famille avec un seul salaire de 12 000$ (72 000$ en dollars d'aujourd'hui), c'est devenu presque utopique aujourd'hui.
Pendant ce temps, les plus pauvres et les plus riches ont amélioré leur situation financière, note M. Langlois.
La fiscalité québécoise, très dure dès qu'on gagne plus de 50 000$, est toutefois parvenue à maintenir les inégalités au minimum au Québec, contrairement aux États-Unis, remarque M. Langlois
C'est cependant au prix d'un nivellement par le bas, qui rend l'enrichissement très ardu. « Si vous gagnez 100 000$ au Québec, vous êtes très, très taxé », souligne le sociologue.
En 2008, le revenu total médian d'un ménage de deux personnes et plus, donc potentiellement un couple avec enfants, s'établissait à 66 000$ au Québec, soit moins que dans notre simulation. Le revenu disponible médian pour ce ménage était de 54 037$.
De quoi peiner à joindre les deux bouts, mentionne le sociologue. « C'est sûr qu'un couple dans la trentaine de la classe moyenne, avec enfants, il lui reste très peu pour épargner », souligne-t-il.