Denise Proulx et David Prince
Agence QMI
La compagnie Canada Lithium (CLQ) a annoncé mardi la nomination de celui qui était, jusqu'en 2007, le bras droit du premier ministre Jean Charest, Stéphane Bertrand, à son bureau de direction.
Entre 2003 et 2007, M. Bertrand avait la responsabilité de superviser une équipe de 50 personnes dans l'entourage du premier ministre. Il dirigeait et coordonnait les activités de 25 hauts placés du gouvernement. M. Bertrand a également été directeur de la recherche et des communications et directeur exécutif du Parti libéral du Québec.
Canada Lithium, compagnie canadienne cotée à la Bourse de Toronto et basée dans la Ville-Reine, développe actuellement le projet de mine Québec Lithium, située à La Corne, à mi-chemin entre Amos et Val-d'Or, en Abitibi. Cette mine devrait entrer en production au quatrième trimestre de 2012 et être pleinement opérationnelle au début de l'année 2013. Elle produira environ 20 000 tonnes de carbonate de lithium par année, soit environ 12 % de la production mondiale de lithium.
La mine Québec Lithium est un projet de quelque 200 millions $ et devrait créer 200 emplois dans la région de l'Abitibi-Témiscamingue. La mine est présentement en construction.
Le lithium est un métal qui a pris beaucoup de valeur dans les dernières années. Il est surtout utilisé dans les piles au lithium que l'on retrouve dans les appareils électroniques et les voitures électriques. En 2003, la valeur marchande du lithium s'élevait à 350$ la tonne et à plus de 3000$ la tonne en 2008.
Le 13 février dernier, Canada Lithium avait annoncé qu'Investissement Québec lui garantissait un prêt de 75 millions $.
Lié à l'énergie
Avant de joindre le bureau du premier ministre Jean Charest en 2003, Stéphane Bertrand était vice-président chez Gaz Métro. Durant son mandat comme chef de cabinet en 2003, il a piloté le dossier du projet de construction de la centrale de production d'électricité qui utilisait du gaz naturel, le Suroît. L'opinion publique se braque contre ce projet et le gouvernement Charest décide de l'abandonner en janvier 2005.
Lorsqu'il quitte le cabinet du premier ministre en 2007, Stéphane Bertrand devient directeur général du Sommet mondial de l'énergie, présidé par un autre ancien patron de Gaz Métro, André Caillé, alors président du Conseil mondial de l'énergie. Le Sommet s'est tenu à Montréal en septembre 2010, au moment même où Stéphane Bertrand participait activement à la création de l'Association pétrolière et gazière du Québec, un lobby défendant les intérêts de l'industrie du gaz de schiste.
En 2011, Stéphane Bertrand devient le directeur général du Sommet international des coopératives qui tiendra une rencontre mondiale à Montréal du 8 au 12 octobre 2012. Cet événement profite de généreuses subventions du Ministère du Développement économique, Innovation et Exportation et d'Investissement Québec.
Soutenir le développement
Selon Robert Laplante, directeur général de l'IREC, qui a produit un rapport sur les transports électriques, « il est évident que quelqu'un qui a ses entrées au cabinet du premier ministre et un bon carnet d'adresse aidera le dossier » de développement de la mine Québec Lithium.
Sylvain Castonguay, directeur général du Centre national de transport avancé, qui travaille sur la voiture électrique depuis plus d'une décennie, estime quant à lui que rien ne permet de croire que la nomination de Stéphane Bertrand soit liée aux intentions du gouvernement du Québec de soutenir le développement du minerai qui pourrait alimenter des batteries de lithium-ion. Ces piles feront rouler des véhicules électriques au Québec d'ici 2020. « C'est certain cependant que M. Bertrand pourra aider à obtenir des fonds publics », pour extraire le lithium, qui serait plus dispendieux à exploiter qu'ailleurs dans le monde.
M. Castonguay rappelle que les réserves de lithium du Chili et de la Bolivie, qui représente plus de 40% des réserves mondiales, sont en surface et donc nettement plus faciles à extraire.
Mentionnons que le dernier budget du ministre des Finances Raymond Bachand inclue la création de Ressources Québec, une nouvelle filiale d'Investissement Québec, qui encadrera, notamment, le secteur minier. L'État québécois souhaite avoir 1,2 G$ pour des prises de participation dans un nouveau fonds dédié aux investissements de l'État dans le sous-sol québécois.