Simon Lord
Argent
Les consommateurs verront leur facture de câblodistribution diminuer graduellement d'ici août 2014, alors que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) mettra fin au Fonds pour l'amélioration de la programmation locale (FAPL).
L'argent du FAPL provient des câblodistributeurs et sert à soutenir la programmation locale des télédiffuseurs. L'an dernier, 106 M$ ont été collectés auprès de ceux-ci.
Jusqu'à présent, la contribution était fixée à 1,5% des revenus bruts de radiodiffusion. À compter de septembre, elle passera à 1%. Elle diminuera d'un autre 0,5% un an plus tard pour être éliminée complètement dans deux ans.
Plusieurs câblodistributeurs avaient pris l'habitude de refiler ce coût au consommateur. Celui-ci pourrait donc voir sa facture diminuer d'autant au cours des prochaines années. Les économies seraient d'environ 0,50$ par mois.
En 2009-2010, Bell a payé 22,5 M$ au fonds en tant que distributeur. Comme propriétaire de la télé généraliste CTV, elle a reçu 23,5 M$. Radio-Canada a touché à 33 M$. Les deux entreprises étaient les seules à demander le maintien du FAPL.
Cogeco a payé 7,8 M$. Shaw a sorti de sa poche 28 M$ et reçu 8,6 M$. Rogers a déboursé 25 M$ et obtenu 1 M$. La contribution de Quebecor, à 12 M$, a été deux fois plus élevée que les sommes qu'elle a touchées, soit 6 M$.
L'an dernier, 80 stations ont reçu un financement. Plusieurs d'entre celles-ci appartenaient à Radio-Canada. « Ce fonds servait essentiellement à la société d'État, mais celle-ci est déjà financée par les contribuables canadiens à la hauteur de 1,1 G$ », rappelle Louis Audet, président et chef de la direction de Cogeco.
Le Fonds avait été mis sur pied en 2008 par l'organisme fédéral pour aider les télédiffuseurs en région à maintenir et à améliorer la programmation locale en période de récession.
Moins dépendant
Yves Rabeau, professeur à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM et chercheur à l'Institut économique de Montréal, estime que la décision est une bonne chose.
« Il restera aux stations privées ou aux producteurs de contenu de lancer des projets qui peuvent se financer de façon privée. Il ne faut pas toujours compter sur cette forme de taxe imposée aux auditeurs afin de la redistribuer à la production de contenu », dit-il.
Moins de télé locale
La télévision locale devrait connaître par ailleurs un recul au cours de prochaines années à cause de la décision du CRTC, estiment des observateurs. L'emploi dans le secteur de la télédiffusion pourrait aussi en souffrir.
« Le CRTC croit que le niveau de production ne changera pas. Ils portent des lunettes roses. Il pourrait, par exemple, y avoir des bulletins de nouvelles cinq jours sur sept seulement, au lieu de toute la semaine », dit Claude Bédard, associé principal chez Exelmans Productions, une entreprise de conseil en communications.
Le plus grand syndicat des médias au pays, le Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier, abonde dans le même sens. La décision met en péril « l'accès des Canadiens aux nouvelles locales et aux informations de grande qualité ».
Le SCFP croit aussi que l'élimination du fonds entraînera des pertes d'emploi et des « menaces continues » de fermetures de stations de télévision.
« Les diffuseurs font parfois appel à de petites maisons de productions en région afin d'alimenter leur programmation locale. Si elles ont moins de travail, elles devront couper dans l'emploi », ajoute Claude Bédard.