Michel Munger
Argent
L'éducation est le secteur qui a connu les améliorations les plus notables au Québec dans la dernière année, affirme le Conseil du patronat dans son Bulletin de la prospérité de 2012.
Dans la troisième édition de cette publication, l'organisme maintient toutefois la note générale de C pour le potentiel de prospérité des Québécois.
La première amélioration se trouve dans le pourcentage de décrocheurs, indique le bilan du CPQ. Ce sont les adultes de 20 à 24 ans sans diplôme d'études secondaires.
La note monte de D à C, alors que le pourcentage de personnes touchées a reculé de 0,6 point à 10,1% en 2011. Le Québec fait un peu mieux que l'Alberta à cet égard.
Le Conseil du patronat estime que l'impact du décrochage est important. Il cite l'économiste Pierre Fortin, qui chiffre le manque à gagner à vie d'un travailleur sans diplôme à 460 000 $.
En deuxième lieu, la note donnée par le CPQ pour le taux d'obtention d'un diplôme de premier cycle à l'université passe de B à B+. À 34%, le Québec est seulement à cinq points de l'Ontario.
«Ce sont de bonnes nouvelles, souligne Norma Kozhaya, directrice de la recherche au CPQ. La disponibilité d'une main d'œuvre qualifiée est un enjeu prioritaire pour les employeurs. Pour l'économie en général, le niveau d'éducation et la lutte au décrochage sont très importants.»
Mme Kozhaya fait remarquer que le Québec se démarque en science, en technologie, en génie, en santé et en administration. «Nous nous positionnons très bien dans ces domaines-là, étant égaux avec l'Ontario.»
Rattrapage en infrastructures
Cependant, un recul a été constaté l'an dernier en matière d'infrastructures publiques. La note pour l'âge moyen passe de B en 2010 à C en 2011.
La moyenne d'âge des infrastructures a bien diminué à 12,5 ans, contre plus de 18 ans pendant les années 1990. Par contre, l'étoile du Québec pâlit en raison des investissements plus importants des autres provinces.
«L'écart avec l'Ontario est vraiment faible, explique cependant Norma Kozhaya. Le défi est de garder le rythme pour ne pas retomber dans une période de sous-investissement, que nous avons connu par le passé.»
Cette année, le CPQ ajoute les chiffres sur les déficits cumulés de la dette publique à son bilan, accordant un D au Québec. La dette brute équivalait à 54% du produit intérieur brut en 2011, soit cinq points de plus que la moyenne canadienne. En déficits cumulés, la proportion reculait à 35%.
Par ailleurs, le bulletin comporte une phrase révélatrice pour ceux qui ont un œil sur la crise de l'euro. Onzième parmi les plus endettés au sein de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), «le Québec ne serait donc pas aussi mal en point que la Grèce, mais pas en aussi bonne position que la Finlande ou la Norvège».
«Le Québec a des actifs qui compensent pour la dette brute, ce qui n'est pas le cas de la Grèce», conclut Mme Kozhaya.
Un portrait incomplet
Ce bulletin ne dit pas tout, réagit Jean Lacharité, vice-président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN). «Il ne prend le pouls qu'en fonction du monde des affaires, en utilisant des indicateurs imparfaits comme le produit intérieur brut», souligne-t-il.
«Ça ne mesure pas la qualité de vie, ajoute le syndicaliste. L'indice Vivre mieux de l'OCDE nous classe comme sixième au monde. Un gouvernement est aussi là pour s'assurer que l'ensemble des citoyens ait un bon niveau de vie et un minimum d'inégalités.»