Jean-François Cloutier
Argent
Au moment où de nombreux contribuables peinent à joindre les deux bouts, l'Agence du revenu du Québec (ARQ) n'a pas hésité à délier les cordons de la bourse pour offrir des bonis à des salariés qu'elle voulait récompenser.
Le montant total des primes et des bonis octroyés aux employés de l'Agence pour l'année financière 2011-2012 s'est établi à 1,05 M$, a indiqué mardi à Argent son porte-parole Stéphane Dion.
Le grand patron de l'Agence, Jean St-Gelais, a personnellement reçu une prime au rendement de 13 014$ en 2011-2012, ce qui correspond à 5% d'un salaire de base de 260 280$.
Revenu Québec tient toutefois à minimiser l'ampleur de la prime offerte à M. St-Gelais, puisqu'elle se serait établie à 15% du salaire en temps normal, selon elle.
« En vertu de la politique gouvernementale concernant la rémunération des dirigeants d'organismes, le premier 10% de la prime a été retranché », a expliqué M. Dion.
Jean St-Gelais, nommé à l'Agence du revenu au printemps 2011, devrait être nommé «secrétaire général» du gouvernement du Québec, soit le grand patron de l'ensemble de la fonction publique, à la suite de l'élection du Parti québécois.
M. Dion a justifié la politique de bonis au rendement mise à œuvre par l'ARQ par la nécessité de reconnaître « le rendement exceptionnel d'un employé ».
« Le rendement exceptionnel est caractérisé par le fait que les résultats de son travail ont clairement dépassé les attentes, les objectifs ou les responsabilités préalablement fixés », a-t-il souligné.
Alors que le Québec compte pour 23% de la population canadienne, il emploie 11 281 personnes à l'Agence du revenu du Québec, un nombre qui correspond à 27,5% de tous les employés à l'Agence du revenu du Canada.
Agressivité
Divers médias ont fait état de la politique de récupération fiscale de plus en plus agressive de Revenu Québec, dans le cadre du plan de retour à l'équilibre budgétaire mis en branle par le gouvernement libéral.
Selon ce que TVA Nouvelles a appris en 2011, Revenu Québec imposerait à ses agents de recouvrement des «quotas» qu'il camoufle sous l'appellation «seuil de rentabilité».
Sous le couvert de l'anonymat, deux employés de Revenu Québec ont confirmé cette pratique. Selon eux, chaque employé est tenu de récupérer un minimum de 500 dollars par heure. Ce seuil augmente avec l'ancienneté et atteint parfois jusqu'à 3000 dollars dans certaines régions plus importantes, comme Laval.
Revenu Québec a toujours nié qu'il existe des quotas à la performance pour ses employés.
Le syndicat surpris
Mardi, le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec s'est dit surpris de constater que des bonis étaient versés malgré une loi votée en 2010.
« Le Syndicat s'interroge sur le contournement de la Loi mettant en œuvre certaines dispositions du discours sur le budget du 30 mars 2010, qui interdisait le versement de bonis au personnel d'encadrement », a-t-il dit dans un communiqué.
La présidente de la Ligue des contribuables du Québec, Claire Joly, a pour sa part indiqué que les bonis dans le secteur public étaient souvent mal répartis et inefficaces pour motiver le personnel.