Argent
La commande qu'a remportée Bombardier aéronautique au salon de Farnborough, dimanche, ne rassure pas tous les spécialistes en aviation.
Certains mettent en doute la viabilité du programme de la CSeries de Bombardier soulignant que les commandes ne décollent pas assez rapidement.
Jusqu'à maintenant, Bombardier a reçu 138 commandes fermes pour ses appareils de la CSeries. Si on ajoute les commandes conditionnelles, on parle de 332 appareils qui pourraient trouver preneur.
Bombardier espère que son carnet de commandes pour les avions de la CSeries atteindra 3450 appareils au cours des 20 prochaines années ce qui amènerait des retombées économiques intéressantes pour le Québec. On parle de 1000 emplois au Québec et 3500 si l'entreprise atteint le maximum de production d'ici 2017.
Il sera toutefois difficile pour Bombardier de rentabiliser son programme d'appareil CSeries à moins qu'il y ait une commande miraculeuse comme celle de Delta Airlines qui veut remplacer ses DC9, note l'analyste Philippe Cauchy, de la firme InfoAero.
Selon lui, le marché de l'aviation civile se dirige plutôt vers des appareils de 180 places et non pour le segment des avions de 100 à 149 places comme le fait Bombardier avec la CSeries.
L'avionneur québécois réussit tout de même à accumuler les petites commandes, mais celles de plus de 100 appareils ne sont pas encore là, fait remarquer M. Cauchy.
« Bombardier livre une soixantaine d'avions par années, ce n'est pas énorme quand on sait que d'autres compagnies peuvent sortir une quarantaine par mois », ajoute-t-il.
Finance
De plus, certains analystes financiers s'inquiètent des ratios d'endettement de la multinationale.
En se basant sur les derniers états financiers annuels de Bombardier, on note un actif de 23,9 milliards $ et un passif de 23,2 milliards $. L'avoir des actionnaires est donc de seulement 700 millions $.
Les experts notent également que la situation financière de la caisse de retraite s'est détériorée au cours des dernières années. En 2011, l'actif des régimes de retraite s'établissait à près de 6,4 milliards $ et les obligations à 9,2 milliards $.
Dans son rapport annuel, Bombardier indiquait un déficit dans la caisse de retraite de 2,8 milliards.
En incluant le déficit du régime de retraite, il n'y a donc plus du tout d'avoir des actionnaires.
« Le déficit de la caisse de retraite pourrait être amorti à quelque 100 millions par année pendant plusieurs années », indique Sylvain Ratelle, stratège chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne.
« Avec Bombardier, il y a un rendement potentiel important, mais il y a aussi un risque important. Donc, il faudrait que les choses fonctionnent bien pour l'avionneur québécois », ajoute-t-il.
Caisse de retraite
De son côté, Jean Bergeron, associé chez Morneau Shepell souligne que même si le déficit de la caisse de retraite est légèrement plus élevé que la moyenne, la situation n'est pas catastrophique.
« De façon générale, nous observons des déficits très élevés parce que les taux d'intérêt sont très bas. C'est que ceux-ci influencent le passif actuariel, les sommes qui devront être payées à l'avenir », explique-t-il.
Il ne faut donc pas parler immédiatement de problèmes financiers. Une remontée des taux de 2 % fait généralement diminuer le passif, calculé sur une base de solvabilité, de 30 %, rappelle l'expert.
Les sommes que Bombardier serait appelé à débourser annuellement pour renflouer sa caisse de retraite oscillent actuellement autour de 250 millions $. Ce chiffre serait donc appelé à fondre si les taux commençaient à augmenter à partir de l'automne, tel que prévu par plusieurs experts.