À lire également :
LE NPD demande des règles plus claires pour le CRTC
À lire également:
Bell tient à l'intégration verticale des chaînes d'Astral
Michel Munger
Argent
Bell Canada (BCE)
affirme que l'achat du diffuseur Astral (ACM.A)
pour 3,4 G$ servira de rempart contre les géants étrangers comme Netflix et Apple. Elle entend leur créer un concurrent direct et aussi lancer un service de nouvelles.
George Cope, PDG de Bell, a plaidé lundi en faveur de la création d'un titan canadien, lors des audiences du Conseil de la radiodifffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) sur la transaction.
Selon lui, «le système de radiodiffusion a besoin d'entreprises ayant les moyens de concurrencer les diffuseurs étrangers comme Netflix, Apple, Google et Amazon. Plus de 10% des Canadiens sont maintenant abonnés à Netflix, qui représente plus de 11 millions d'heures de visionnement de télévision chaque semaine».
Un nouveau concurrent à Netflix
Ian Greenberg, grand patron d'Astral, poursuit que les stations qu'il vend «sont la première ligne de défense» contre ces diffuseurs, pour prévenir la perte de clients aux services de télé traditionnels. Elles permettront à Bell d'offrir du contenu sur toutes les plateformes.
George Cope a profité de l'occasion, justement, pour annoncer que Bell créerait un service de divertissement sur demande concurrent à Netflix, en anglais et en français. Les propriétés d'Astral lui permettraient d'investir localement de cette façon, ce que les sociétés étrangères ne font pas.
Un service de nouvelles à Montréal
Afin de démontrer son sérieux en matière de contenu canadien, George Cope a annoncé qu'un «tout nouveau service national de nouvelles en français basé à Montréal» serait lancé dès 2013. Il serait financé à partir du bloc de 241,3 M$ d'avantages tangibles mis sur la table pour le système de radiodiffusion, si la transaction reçoit le feu vert. Ce bloc était auparavant limité à 200 M$.
Bell lancera-t-elle une chaîne de nouvelles en continu ? La forme du service n'est pas encore décidée, a expliqué Marie-Eve Francoeur en marge des audiences.
Au début de son discours, M. Cope a affirmé que son intention de bonifier le contenu canadien avait des précédents. Après avoir acheté le réseau CTV, a-t-il lancé, Bell Média «a investi dans une gamme de nouvelles émissions d'intérêt national et a grandement amélioré l'offre de nouvelles dans les marchés locaux».
Kevin Crull, président de Bell Média, a enchaîné en disant que «nous avons ajouté 700 heures de contenu canadien en sus des nouvelles, des sports et des productions maison. Nous avons repris des entreprises moribondes et nous les avons remises sur pied».
Sans l'achat d'Astral, lancer une agence « est un drain financièrement. C'est une occasion d'affaires négative », a ajouté M. Crull.
George Cope a aussi accusé Québecor (QBR.B)
et Cogeco (CCA)
d'avoir mené une «vigoureuse campagne de désinformation» contre Bell, utilisant «leurs vastes réseaux de propriétés médias pour diaboliser la transaction, jusqu'à un niveau absurde».
Des lapins
Jean-Pierre Blais, président du CRTC, a qualifié les annonces de lundi de «lapins» que Bell sort de son chapeau.
Dès l'ouverture de l'audience, M. Blais a averti Bell qu'elle avait tout à prouver afin de faire accepter la transaction. Il a dit que les audiences n'étaient pas une séance de négociations. «Le fardeau de la preuve incombe entièrement à Astral et à BCE», résumait-il.
«Nous devons nous assurer, a ajouté M. Blais, que les parties exposent clairement les raisons pour lesquelles le Canada en sortirait gagnant».
Questions-réponses avec Jean Laporte, président du cabinet de consultants Vision Actions et expert en stratégie d'entreprise.
Q. : Pourquoi autant d'inquiétude, d'opposition de la part des concurrents ?
R. : « Avant de convaincre le CRTC, il a fallu convaincre le conseil d'administration, et pour convaincre un conseil d'administration, il faut promettre des profits, plus de profits. À partir de ce moment-là, lorsque vos compétiteurs voient plus de profits chez vous, il est normal que les Québecor, les Rogers, les Cogeco se liguent contre la nouvelle acquisition, pour ne pas créer plus de profits chez un compétiteur, et mettent des bâtons dans les roues. »
Q. : Est-ce que les consommateurs ont raison d'avoir des craintes ?
R. : « Je pense que les consommateurs francophones risquent de perdre et le Québec aussi parce que, avec le temps, il se pourrait bien que Bell transfère des exécutifs ou que des décisions se fassent à Toronto et non plus au Québec comme c'était fait avec Astral. Pas à court terme, mais certainement à moyen terme. »
« D'ici 3 à 5 ans, les décisions pourraient se prendre à Toronto, comme on l'a vu chez Bell, comme on l'a vu chez Rogers, comme on le voit dans d'autres entreprises.»
Q. : Cette tendance de voir naître des géants toujours plus gros dans le secteur est-elle là pour durer ?
R. : « C'est ce qu'on voit en Europe, c'est ce qu'on voit aux États-Unis, les télécommunications demandent beaucoup d'investissement, beaucoup de technologie, et ça prend des gros joueurs pour être capable de suivre la parade. »