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Michel Munger
Argent
Les audiences du CRTC sur l'achat d'Astral (ACM.A) par Bell Canada (BCE) changent de ton. Le débat sur les parts de marché a cédé la place à celui des abus de pouvoir que Bell commettrait contre ses concurrents.
Dès le début de l'audience de jeudi, Telus (T) a emprunté le chemin pavé par Rogers (RCI.B) et Cogeco (CGO). la journée précédente.
Son argument, c'est que Bell négocie de façon à empêcher ses rivales de gagner les droits sur son contenu, ce qui avantage son service de télé tant pour le choix que les prix.
«Nous avons vu Bell nous refuser l'accès à du contenu ou nous l'offrir à des conditions déraisonnables», indique Ann Mainville-Neeson, directrice générale de la réglementation de la radiodiffusion chez Telus.
À titre d'exemple, l'exclusivité des Jeux olympiques de Vancouver sur le mobile de Bell a hérissé Telus. De plus, aucun contenu vidéo de Bell Média ne serait disponible sur cette plateforme à un prix acceptable.
«L'offre est beaucoup plus chère que les 3 M$ par année suggérés par [le PDG] George Cope au premier jour de l'audience», soutient Mme Mainville-Neeson.
En achetant CTV et en annonçant la transaction avec Astral, George Cope a pourtant assuré qu'il allait de soi que Bell vendrait son contenu afin de maximiser ses revenus. En somme, Telus accuse l'entreprise de ne pas respecter sa parole lorsque vient le temps de négocier les droits de diffusion.
La chaîne sportive TSN sert de deuxième exemple, Bell ayant apparemment exigé des garanties sur la pénétration, et ce au détriment des consommateurs.
«Simplement dit, les conditions de Bell auraient forcé Telus à inclure TSN dans son forfait de base [en télévision], poursuit Mme Mainville-Neeson. Elle aurait mis fin au forfait sportif [...] et aurait forcé tous les abonnés à payer pour cette chaîne».
«Bell sera toujours gagnante, ajoute-t-elle, soit parce que certains consommateurs vont transférer leur abonnement aux services de Bell afin d'accéder à leur contenu disponible, ou parce que Bell aura réussi à imposer des prix exhorbitants à ses concurrents, lesquels se traduiront par des hausses tarifaires aux consommateurs».
Il serait dangereux de concentrer l'écoute et les émissions dans les mains du seul joueur dont les services télé et mobile couvrent l'ensemble du Canada, souligne Clément Audet, vice-président aux Solutions consommateurs de Telus au Québec.
«Bell est le seul qui couvre tout le Québec, lance-t-il comme exemple. Elle sera la seule qui pourra distribuer son contenu à l'ensemble des Québécois. Le rapport de force n'est pas du tout le même [qu'avec les autres diffuseurs]».
«Nous n'accusons pas, nous démontrons. Dans l'industrie, nous voyons ça comme un train et nous nous demandons pourquoi d'autres ne le voient pas», regrette M. Audet.
Ann Mainville-Neeson injecte aussi une dose de cynisme dans son intervention, indiquant que presque personne dans l'industrie ne croit à l'efficacité des règles sur l'intégration verticale. «Les deux seules parties qui semblent croire que les garanties sont suffisantes sont Bell et Shaw, les deux diffuseurs les plus intégrés au pays. Ça en dit long.»