Michel Munger
Argent
Aux prises avec une opposition grandissante contre l'acquisition d'Astral (ACM.A), Bell (BCE) réplique qu'elle investira 80 M$ dans la création de contenu francophone au Québec.
Le géant des télécoms prend cet engagement envers la télé, la radio et les médias numériques. L'argent servira entre autres à créer du contenu pour les jeunes et à donner plus de place à la programmation musicale.
Au moment de publier ces lignes, Argent n'a pu obtenir une précision de Bell afin de savoir si le montant fait partie des engagements de 200 M$ pris en juillet afin d'investir dans la radiodiffusion. Environ 96 M$ serviront à développer et produire de nouvelles émissions canadiennes, en majorité en français.
L'entreprise estime que les investissements d'Astral en contenu francophone croîtront d'environ 5% par année.
Dans un communiqué, le PDG George Cope affirme que l'engagement «permettra d'accroître de beaucoup le choix offert aux consommateurs québécois dans un marché médiatique où une réelle concurrence et un regain d'innovation se font attendre depuis longtemps».
La promesse est intéressante au premier coup d'œil, réagit Claude Bédard, président de la société de conseil HJC Productions.
«Ça paraît important, dit-il, mais comme avec les statistiques, on peut interpréter ce chiffre de bien des façons. Il faudra voir les détails afin de mieux évaluer l'importance de cet investissement. C'est un début de réponse.»
La croissance de 5% des dépenses en contenu francophone impressionne moins M. Bédard. «C'est marginal comme augmentation, souligne-t-il, parce qu'Astral n'investissait pas énormément sur le marché québécois. Elle faisait beaucoup d'acquisitions étrangères. Elle avait encore beaucoup à faire [pour le contenu local].»
Selon lui, «Bell se sent obligée d'investir beaucoup parce que les critiques viennent tant des milieux économique que politique. C'est de bonne guerre, parce que la transaction n'est pas certaine de passer.»
«Une question qui ne trouve pas de réponse, poursuit-il, est la perte de contrôle d'une entreprise pour le Québec. Même si l'on fait plus de productions, le contrôle peut quand même s'en aller ailleurs.»
Bell tente de rassurer les critiques à cet égard. L'acheteur affirme que Montréal sera le point d'ancrage de développement francophone au sein de son réseau.
La compagnie nie par ailleurs que l'absorption d'Astral lui donnera une part de marché trop importante. Elle l'estime à 24% en télé française et 33,5% en télé anglaise.
La coalition menée par Cogeco (CGO) et Québecor (QBR.B) avance que les chiffres respectifs sont plutôt 26,8% et 41,4%, pour une moyenne canadienne de 38%.
À ce sujet, Bell lance une salve contre Québecor, qui «détient la plus grande part du marché des médias au Québec» en exploitant notamment «le plus vaste groupe de presse au Québec et à travers le Canada avec 293 journaux, le plus grand câblodistributeur au Québec, le plus important radiodiffuseur de langue française au Québec».
Rappelons que la semaine dernière, Québecor, Cogeco Câble et Eastlink ont lancé la semaine dernière une campagne contre la transaction. Les trois compagnies ont lancé le site ditesnonabell.ca, où le public est invité à faire part de ses inquiétudes.
L'offre d'achat de 3,4 G$ sur Astral est aussi contestée par Rogers (RCI.B) et Telus (T).
Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) tiendra son audience publique le 10 septembre. Le Bureau de la concurrence est en train de l'examiner.
L'action d'Astral a terminé la séance de mercredi à 47,70 $, loin de la valeur de 50 $ par action offerte par Bell.