Michel Munger
Argent
Le géant allemand Lufthansa, qui est sur le point de mettre la main sur le contrat d'entretien moteur liant Aveos et Air Canada, trouvera les syndiqués sur son chemin mardi.
L'Association Internationale des travailleurs et travailleuses de l'aérospatiale (AIMTA) compte en effet demander un report de la transaction conclue par le liquidateur FTI Consulting à la Cour supérieure du Québec. Une manifestation est aussi prévue devant le palais de justice.
Les syndiqués veulent contourner Lufthansa Technik parce qu'elle a l'intention de déplacer le travail d'entretien moteur vers Hambourg, en Allemagne. Ils favorisent une offre concurrente de la société MTU, de Vancouver.
«Nous demanderons une prolongation afin d'être en mesure de faire rejeter l'offre de Lufthansa, confirme Richard Guay, président de la section locale 1751 à l'AIMTA. MTU est encore dans le décor. Elle embaucherait de 250 à 300 personnes, ce qui est important pour l'économie de Montréal.»
«MTU ferait aussi travailler des gens en Colombie-Britannique, ajoute M. Guay. Les gouvernements des deux provinces nous ont signalé leur appui.»
L'entente qui liait Aveos et Air Canada, en date du 30 mai, a fait l'objet de négociations une fois que Lufthansa et MTU ont refusé d'acheter le centre d'entretien moteur de Montréal.
Promesse d'Air Canada ?
Lufthansa a remporté la mise pour un montant qui reste confidentiel, mais l'offre de MTU pourrait gagner en valeur grâce à un appui de taille.
«Air Canada va promettre davantage de contrats à MTU afin de renforcer l'offre», affirme Richard Guay.
Le syndicaliste voit là-dedans un appui stratégique qui sert la cause du transporteur. Selon la Loi sur la participation publique au capital d'Air Canada, la compagnie doit maintenir des centres d'entretien à Montréal, Toronto et Winnipeg.
«Nous les affrontons en Cour supérieure en octobre concernant le respect de la loi, rappelle M. Guay. Ils sont en mauvaise position et ils veulent réaffirmer leur intention de garder de la maintenance au Canada.»
Isabelle Arthur, porte-parole d'Air Canada, ne nie pas la préférence de l'entreprise pour le maintien de travaux en sol canadien. Elle fait référence à une lettre du 12 juillet expédiée à FTI Consulting.
«Alors que nous continuons de privilégier un fournisseur de services capable d'effectuer la maintenance de nos moteurs au Canada, nous vous demandons d'accorder une grande importance à ce critère (qui représente un potentiel de création d'emplois) dans l'attribution du contrat», écrivait Alan Butterfield, vice-président Maintenance et Ingénierie d'Air Canada.
FTI refuse d'accorder des entrevues aux médias.
Sauver l'expertise
Au bout du compte, le syndicat espère que MTU remportera le contrat afin de préserver l'expertise québécoise en entretien de moteurs d'avions.
«Nous avons des installations qu'aucun autre exploitant aéronautique ne possède en Amérique du Nord, explique Richard Guay. Nous avons des bassins de placage de pièces et des cellules de test. C'est important de garder ça à Montréal.»
Créée en 2007 afin qu'y soient transférés les Services techniques Air Canada, Aveos s'est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers en mars. Ses activités ont rapidement pris fin, mettant 2600 employés (1800 au Québec) sur le carreau.