Jean-François Cloutier
Argent
Au moment où le ministre des Finances, Nicolas Marceau, doit déposer son premier budget, une des seules initiatives évoquées jusqu'ici par son gouvernement pour hausser les revenus pourrait s'avérer moins lucrative que prévu.
En campagne électorale, le Parti québécois a promis d'augmenter les redevances minières pour regarnir les coffres de l'État, un projet réitéré par la première ministre lors d'un récent dîner devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
Dans un communiqué daté de mars 2012, M. Marceau disait vouloir s'inspirer du gouvernement australien, qui a lui aussi augmenté les redevances au printemps dernier.
« Il y a là l'exemple d'un gouvernement qui se tient debout devant le lobby des compagnies minières, un exemple qui permettrait aux Québécois de s'enrichir avec leurs ressources minières si le gouvernement avait un peu de courage », disait-il.
Or, il appert que la controversée taxe sur les super-profits mise en place en Australie ne rapporte pas autant que prévu, à cause de la baisse du prix de nombreux métaux.
Selon des chiffres publiés à la fin d'octobre, le gouvernement australien a dû réviser à la baisse de 4,3 G$ AUS ses projections de revenus additionnels issus du secteur minier, sur une période de quatre ans, à 9 G$ AUS.
Pour compenser la perte de revenus budgétés, le gouvernement travailliste australien a mis en branle une nouvelle ronde de coupures de dépenses totalisant16,4 G$ AUS sur quatre ans, incluant notamment des réductions dans l'aide aux parents.
Soulignons que le prix du fer, qui est le minerai phare du Nord du Québec, est en forte chute depuis un an.
Lundi, la minière américaine Cliff Natural Resources a annoncé qu'elle mettait un frein à l'expansion de la phase II de son site au lac Bloom, au Québec.
Cliff réagit à une utilisation moins grande que prévu de l'acier et à une volatilité des prix, a indiqué sa porte-parole.
«L'entreprise doit protéger sa situation financière et ses réserves d'argent comptant, explique-t-elle. Nous verrons ce qui se passera lors de la première moitié de 2013. Nous pourrions relancer la phase II ou attendre jusqu'en 2014.»
Climat de peur
En entrevue à Argent, le PDG de Donner Metals et porte-parole de Minalliance, Normand Champigny, a décrit l'état d'esprit de l'industrie minière comme marqué par l'inquiétude.
« Personnellement, je n'ai pas été consulté en prévision de ce budget. Je n'ai aucune idée de ce qui en sortira », a-t-il dit.
M. Champigny a prévenu qu'une hausse des redevances dans le contexte actuel pourrait avoir l'effet contraire à celui escompté, et décourager l'investissement minier.