Claudia Néron
Argent
Certaines universités québécoises n'ont pas attendu le résultat des élections du 4 septembre avant d'appliquer la hausse des droits de scolarité. Par conséquent, plus de 85 000 étudiants ont payé jusqu'à 127 $ en trop pour leur session d'automne.
C'est donc un montant maximum de 10,8 millions $ qui devra être remboursé ou crédité au cours des prochaines semaines.
La situation touche principalement les universités Concordia, McGill et l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).
Dans ces universités, on offrira aux étudiants deux options : un remboursement immédiat des droits de scolarité payés en trop ou un crédit sur les frais d'une prochaine session.
Pour la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), il s'agit d'un exemple de mauvaise gestion.
« À la base, si on avait été patients, on aurait évité tous ces dédales administratifs. On risque de voir de plus en plus d'étudiants défiler pour obtenir leur remboursement et peut-être devoir gérer des plaintes si les délais sont trop longs. D'ailleurs, on a demandé une rencontre avec le ministre de l'Éducation supérieure dès la semaine prochaine pour s'assurer que tout se passe bien », a affirmé Martine Desjardins, présidente de la FEUQ.
Les porte-parole des universités concernées ne croient pas que ces manipulations administratives deviendront insoutenables.
« Inévitablement, ça fait une tâche de plus, a dit le directeur des affaires publiques de l'UQAC, Jean Wauthier. Est-ce qu'on aura besoin de payer du temps supplémentaire? Je ne pense pas, mais s'il le faut, on le fera. C'est sûr que l'on a 6800 étudiants et non pas 45 000, mais je ne pense pas que ça devienne réellement problématique. »
De son côté, l'Université de Montréal (UdeM) a plutôt choisi de repousser la date de facturation en attendant l'issue des élections.
« Comme le début de la session d'automne chez nous n'avait lieu que le 1er octobre en raison de la grève étudiante du printemps, on pouvait se permettre de remettre à plus tard l'envoi des factures », a expliqué Mathieu Fillion, porte-parole de l'UdeM.
Le revirement de situation sur la question des droits de scolarité a tout de même entraîné des coûts supplémentaires, car l'établissement a dû réimprimer l'ensemble de ses 50 000 factures une fois la hausse annulée.
« Oui, nous avons imprimé 50 000 documents pour rien, mais nous avons choisi de ne pas les acheminer aux étudiants pour ne pas transmettre d'informations erronées et éviter de payer les frais, beaucoup plus élevés, des timbres et des enveloppes », a soutenu M. Fillion.
Un manque à gagner de 48 millions $ pour les universités
L'annulation de la hausse des droits de scolarité pour les 270 000 étudiants universitaires de la province va créer un manque à gagner de 48 millions $ dans les coffres des universités québécoises.
Déjà, à l'UQAC, le montant associé à la hausse avait été ajouté dans la colonne des revenus au budget 2012-2013.
Son annulation crée donc un manque à gagner de 1 million $. Or, la direction de l'université ne s'inquiète pas. « Mme Marois a aussi annoncé qu'elle allait combler ce trou budgétaire pour répondre aux besoins criants des universités », a dit Jean Wauthier.
Et, comme le gouvernement souhaite tout de même maintenir la bonification du régime de prêts et bourses, c'est 17,2 millions $ qui se retrouveront dans la colonne des dépenses dans le premier budget Marceau.