Jean-François Villeneuve et Denise Proulx
Argent
Des employés de la compagnie Les Aliments DaVinci, spécialisée dans les plats surgelés, se plaignent de n'avoir pas été payés depuis plus de deux semaines.
Des chèques émis depuis juin sont refusés par la plupart des institutions bancaires. Certains des 150 employés, mécontents, auraient jusqu'à cinq paies de retard.
Malgré tout, les opérations se poursuivent. Trois banderoles accrochées sur les murs extérieurs de l'usine montréalaise située dans l'arrondissement du Sud-Ouest annoncent que la compagnie embauche présentement.
« À la fin mai, le président a commencé à nous donner des chèques personnels signés de sa main », souligne une employée rencontrée par l'Agence QMI qui a voulu garder l'anonymat, « par peur de représailles ». Jusqu'à ce moment, tout semblait bien aller et les paies étaient directement déposées dans les comptes.
Décrivant l'ambiance au sein de l'entreprise pour laquelle elle travaille depuis quelques décennies par un climat de terreur, elle affirme que tous sont gardés dans le noir quant aux difficultés financières que rencontre l'employeur. « C'est l'Omerta. On n'a pas le droit de poser de questions ou même de parler aux médias ».
Comptant plus de 20 ans d'ancienneté, cette dernière affirme que son salaire n'est que de 12,50 $ de l'heure et que l'assurance-collective aurait été annulée à l'insu des employés.
Les montants auraient toutefois continué à être déduits par l'employeur sur les talons de paie, toujours selon les employés rencontrés pendant leur pause.
Un autre employé comptant 27 années d'ancienneté reste découragé devant la situation. « Je risque de tout perdre, je n'ai plus espoir », confie-t-il, résigné.
Il aurait reçu lui aussi des chèques sans fond datant de la mi-juillet.
L'entreprise, qui est la propriété de la famille Mazzaferro depuis trois générations, s'est refusée à tout commentaire.
De multiples soucis financiers
Aliments Da Vinci rencontre actuellement plusieurs soucis financiers, tant avec le gouvernement que ses fournisseurs.
La compagnie est poursuivi par l''Agence du revenu du Québec (ARQ) qui lui réclame 2,6 M$ dans un dossier de TVQ. Revenu Canada aurait aussi des réclamations.
La somme totale due s'élèverait à 4 M $. « Les litiges en question en sont à leurs premières étapes devant les tribunaux. Les procédures suivent leur cours normal et n'ont fait l'objet d'aucun règlement à ce jour », a précisé Stéphane Dion, porte-parole de Revenu Québec.
Par ailleurs, plusieurs fournisseurs cumuleraient de nombreux mois de retard dans le paiement de leurs factures dont le total dépasserait le million de dollars.
Questionnée sur la bonne utilisation d'un prêt de 30 M$ qu'elle a consenti à Aliments Da Vinci, Financement agricole Canada (FAC) s'est faite laconique. «Nous suivons la situation de cette entreprise comme nous le faisons d'ailleurs pour tous nos prêts », écrit la porte-parole Éva Larouche.