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Argent
Premier Aviation a profité d'une aide financière de 1,5 million $ (prêt et subvention) pour effectuer l'achat d'équipement d'Aveos à la suite de la fermeture de ses installations montréalaises. Le gouvernement du Québec a indiqué que l'aide financière permettrait la création de près de 140 emplois aux installations de Trois-Rivières, en Mauricie.
Pourtant, la majeure partie de cet équipement acquis avec l'aide de Québec a pris le chemin de Windsor en Ontario, où Premier Aviation a une usine, et une autre portion s'en est allée dans l'État de New York, dans d'autres installations de Premier Aviation.
En pleine campagne électorale, le premier ministre Jean Charest a dû commenter la situation. Il a indiqué que les entreprises qui reçoivent une aide gouvernementale doivent respecter des conditions précises.
« Quand on donne un appui financier avec des fonds publics québécois, c'est pour des investissements au Québec », a dit M. Charest.
L'aide accordée est conditionnelle à la création de 140 emplois additionnels. L'entreprise s'expose à de fortes pénalités si ces conditions ne sont pas remplies. En date d'aujourd'hui, aucun déboursé n'a encore été effectué.
Une entente pas suffisamment contraignante
Toutefois, selon Mehran Ebrahimi, professeur spécialisé en aéronautique à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM, si Aveos et Premier Aviation sont capables de tromper Québec, c'est que les détails de l'entente pour l'aide financière n'étaient pas assez clairs et contraignants.
Les installations trifluviennes auraient seulement reçu de l'équipement spécialisé pour effectuer la maintenance d'appareils Embraer, alors que les installations de Windsor, en Ontario et de Rome, dans l'État de New York, auraient reçu, elles, toutes les pièces d'équipement qui sont destinées à entretenir les appareils Boeing. Donc, on peut penser qu'éventuellement, ce sont principalement ces deux installations-là qui vont recevoir la majorité des contrats d'entretien.
Selon Mehran Ebrahimi, la direction d'Air Canada a été très habile en préméditant la fermeture d'Aveos et en montant un scénario qui a finalement mené à la fermeture de la compagnie de maintenance. « Il est clair qu'Air Canada a volontairement fragilisé Aveos en lui retirant des contrats d'entretien pour les donner à une autre compagnie. »
Il pense même que Premier Aviation était peut-être de connivence avec Air Canada et Aveos.
« Ce scénario était tellement évident. Tout a été planifié avant même qu'Aveos ne fasse faillite et soit démantelée. Il y a eu des ententes entre Air Canada et Premier Aviation pour la fabrication de leurs hangars à Windsor, en Ontario. Il y a eu des ententes entre la Ville de Windsor, Air Canada et Premier Aviation pour la création d'emplois. Tout ça, s'il n'y a pas de connivence, je ne sais pas comment on peut appert appeler ça. »
Des syndiqués en colère
Chez les travailleurs mis à pied d'Aveos, cette nouvelle a créé tout un choc. « J'ai été estomaqué que le gouvernement libéral nous dise d'un bord qu'il va nous aider, qu'il va créer de l'emploi et que de l'autre bord, il prête l'argent des Québécois à Premier Aviation pour acheter de l'équipement qui va s'en aller à Rome, à New York, et à Windsor, en Ontario », a dit le président du syndicat des employés d'Aveos, Richard Guay.
Michel Laferrière, un syndiqué qui a travaillé 32 ans chez Air Canada et Aveos n'en revient pas. « Ça fait mal au cœur […] de voir qu'on avait toute l'expertise ici pour faire l'ouvrage et c'est tombé à l'eau. »
Malgré l'abondance de sources confirmant l'information, Premier Aviation nie toujours qu'une importante partie de l'équipement est allée du côté de l'Ontario et de New York.
Déménagement du siège social ?
Selon Mehran Ebrahimi, maintenant que le centre de maintenance du Québec n'a presque plus de plus de contrats, selon les règles instaurées par le gouvernement fédéral à la suite de la privatisation d'Air Canada, le transporteur n'a presque plus d'obstacles pour déménager son siège social en Ontario.
L'expert en aéronautique déplore que les autorités politiques aient laissé mourir Aveos. Selon lui, il s'agissait d'un centre de maintenance d'avions internationaux parmi les meilleurs au monde, qui est indispensable pour le développement du secteur aéronautique au Québec. « Je ne sais pas pourquoi les responsables politiques ont laissé faire ça. Je dirais même, à la lumière des informations qu'on a, ils l'ont même aidé, d'une certaine manière », a-t-il ajouté.
Aveos a déclaré faillite et fermé ses installations de Montréal le 19 mars,
1800 personnes ont perdu leurs emplois.