Caisse de dépôt : Rousseau subit les foudres d'Amir Khadir
Consultez les différents tableaux sur la Caisse fournis par Henri-Paul Rousseau.
Par Martin Ouellet
LA PRESSE CANADIENNE
QUEBEC -- Henri-Paul Rousseau s'est défendu mardi d'avoir abandonné la Caisse de dépôt et placement du Québec en pleine tempête tout en continuant de s'enrichir sur le dos des contribuables.
Comme tous les autres administrateurs et gestionnaires avant lui, l'ex-président et chef de la direction de la Caisse a refusé de porter le blâme en commission parlementaire pour les pertes historiques de 40 milliards $ affichées par le «bas de laine» des Québécois en 2008.
N'eût été de «l'erreur» des papiers commerciaux adossés à des actifs (PCAA), la Caisse aurait fort bien tiré son épingle du jeu en 2008, a-t-il dit, répétant un refrain maintes fois entendu depuis le début des audiences de la commission spéciale qui se penche les résultats financiers de la société d'Etat.
Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a cependant brisé la monotonie ambiante en réservant toute une rincée à l'ancien grand serviteur de l'Etat passé chez Power Corporation.
«Je pense malheureusement que comme souvent, l'arrogance et le mépris cachent une certaine lâcheté. Vous avez préféré démissionner au milieu de la tourmente, vous cacher», a lancé le député de Mercier, avant de se faire ramener à l'ordre par le président de la commission qui jugeait beaucoup trop dures les expressions employées.
Néanmoins, le député Khadir a poursuivi sa diatribe, accusant l'ancien patron de la Caisse de faire preuve d'un «mépris profond pour les intérêts de notre nation» en refusant de renoncer à sa prime de départ de 400 000 $, versée au moment de sa démission en mai 2008.
Pour le député de gauche, l'ex-président de la Caisse incarne cette «culture de la cupidité» des grands patrons qui empochent «des primes et des bonus, qu'ils soient compétents ou incompétents, qu'ils fassent fortune ou qu'ils ruinent» les cotisants.
De fait, M. Rousseau n'a pas du tout l'intention de remettre son boni.
«J'ai laissé des millions de dollars pour venir servir les Québécois», s'est justifié l'ancien dirigeant de la Banque Laurentienne, faisant état des «lourds sacrifices» qu'il a dû consentir au moment de prendre la direction de la Caisse, en septembre 2002.
De surcroît, le versement d'un montant forfaitaire équivalant à une année de salaire est d'usage dans la fonction publique, a-t-il poursuivi.
Loin de se sentir responsable du gâchis, M. Rousseau a fait longuement l'apologie de sa gouverne.
«La performance était là», a-t-il résumé, faisant remarquer qu'il n'était plus à la barre de la Caisse lorsque les marchés se sont écroulés à l'automne 2008.
Mais tout n'était pas au beau fixe pendant que M. Rousseau était aux commandes, a fait valoir le député péquiste François Legault.
Pressé par le député d'expliquer pourquoi la Caisse a eu des rendements inférieurs à ses pairs sur les marchés boursiers -- à l'exception des actions canadiennes -- au cours des cinq dernières années, M. Rousseau a invoqué le manque d'expertise du personnel.
«Mon principal problème, numéro un, que j'ai eu pendant les cinq ans que j'ai dirigé la Caisse, et je vous parie que ce sera le même problème pour mon successeur, c'est la rétention, le recrutement et la formation de personnel compétent», a-t-il dit.
Henri-Paul Rousseau a quitté la Caisse de dépôt à la fin du mois de mai 2008 après avoir conclu dans les jours précédents une entente avec son nouvel employeur, Power Corporation.
Ce passage à toute vapeur d'un emploi à l'autre soulève une question d'éthique, a soutenu le député adéquiste François Bonnardel, qui a suggéré à M. Rousseau de remettre sa prime de séparation.
«Vous avez reçu une prime de séparation de 405 000 $ (...) pour préparer une transition dans un autre travail. Est-ce qu'il n'y a pas problème d'éthique à travailler pour la Caisse, à être payé par les contribuables, préparer son départ chez Power Corporation et recevoir cet argent?», a demandé le député de Shefford.
A un moment, l'ex-président et chef de la direction s'est impatienté devant ce qu'il a qualifié de «procès de la finance».
«C'est devenu risqué de faire ce métier parce que la chose publique est devenue plus difficile. Et je suis conscient qu'il y a une crise de la finance, qu'il y a un procès de la finance, mais il ne faudrait pas que le procès de la finance fasse en sorte que la Caisse ne soit plus capable de recruter des gens de qualité», a argué M. Rousseau.
Plus tôt dans la journée, M. Rousseau a nié les allégations contenues dans l'ouvrage intitulé «La Caisse dans tous ses états», dont 1000 exemplaires ont été retirés des tablettes la semaine dernière à la suite d'une mise en demeure de la direction de la Caisse.
L'auteur, Mario Pelletier, avance que M. Rousseau aurait dévalué des placements à son arrivée en poste en 2002 de façon à faire bondir les résultats financiers de 2003. Ce sont des allégations complètement fausses qui portent atteinte au prestige de la Caisse, a martelé l'ex-dirigeant. La Caisse a également réfuté ces allégations.

