La prime de départ d'Henri-Paul Rousseau décriée
En vidéo, écoutez les commentaires de Michel Nadeau, analyste et ex-vice-président de la Caisse de dépôt.
Jean-Michel Nahas
Le Journal de Montréal
«Inquiétant», «hallucinant», «inacceptable» : la prime de départ de près de 380 000$ accordée à l'ex- PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Henri-Paul Rousseau, soulève l'ire d'observateurs des milieux politique et financier.
Le montant de cette généreuse indemnité a notamment fait bondir Yves Michaud, ancien président du Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires.
«M. Rousseau est un homme honnête, mais dans les conditions catastrophiques de son départ de la Caisse, il devrait rembourser ce montant aux Québécois», a plaidé le Robin des banques.
L'ex-PDG de la Caisse a empoché une prime de 378750$, a révélé La Presse ce week-end, bien qu'il ait quitté soudainement et volontairement son poste en août dernier. M. Rousseau a nié avoir négocié une indemnité de départ particulière.
Pratique inhabituelle
Dans le milieu privé, une prime du genre est cependant versée lorsqu'un cadre est renvoyé avant la fin de son mandat. Mais la pratique est des plus inhabituelles lorsqu'un gestionnaire part de son plein gré pour se trouver un emploi ailleurs.
Précisons que depuis le 1er janvier, Henri- Paul Rousseau a joint les rangs de Power Corporation.
«Quand quelqu'un démissionne, il n'y a jamais d'indemnité. [...] N'eût été de ce genre de parachute doré, on ne serait peut-être pas dans une situation de crise économique aussi grave», a dénoncé Yves Michaud.
Départ tumultueux
Le départ de M. Rousseau s'est d'ailleurs effectué dans le tumulte, sans que la relève ne soit préparée pour gérer le «bas de laine» des Québécois.
Qui plus est, la Caisse était alors au coeur d'une crise sans précédent, elle qui a dans ses livres pour plus de 12 milliards $ de papier commercial (PCAA), un placement dont la valeur a carrément dégringolé au cours des derniers mois.
Cette semaine, la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a suggéré à ce sujet que les gestionnaires de la Caisse se seraient fait «presque berner par des produits qu'ils ne comprenaient pas».
On s'attend à ce que la Caisse dévoile des résultats négatifs sous peu.
«Incroyable»
Dans ce contexte, la prime reçue par Henri-Paul Rousseau est «incroyable», au dire de François Bonnardel, porte-parole de l'ADQ en matière de finances.
«Tous les Québécois vont payer pour ça, même si la Caisse a un rendement négatif, s'est-il indigné. Pendant ce temps, le gouvernement a l'air de regarder passer la parade sans rien faire.»
La ligue des contribuables craint aussi que ce cas d'espèce ne fasse boule de neige. Sa directrice générale, Claire Joly, compte d'ailleurs sensibiliser le public à ce sujet sous peu: «On va partir en campagne car on ne veut surtout pas que cette façon de faire se multiplie dans la fonction publique.»
En 2007, le salaire de Henri-Paul Rousseau s'élevait à 1,8 M$.
La Caisse est à nouveau en quête d'un PDG puisque le successeur de Henri-Paul Rousseau, Richard Guay, a démissionné à son tour le 5 janvier, invoquant des raisons personnelles.



