Le dimanche 8 novembre 2009

Les banques canadiennes sont-elles sur le point d’encaisser de lourdes pertes?

19 décembre 2008 | 06h21
Journal de Montréal 
Les banques ont émis depuis pour 7,6 milliards de dollars d’actions pour accroître leur capital. 
Yves Gingras

Le Journal de Montréal

« Les banques canadiennes sont bien gérées et il faut acheter leurs actions », prétendent les experts depuis plusieurs années.

Cet optimisme n’est plus de mise. Certains analystes craignent que la récession et les difficultés du secteur automobile ne poussent les banques à réduire en 2009 leurs généreux dividendes, ce qui assénerait un coup de massue aux cours de leurs actions.

La firme Moody’s prévenait en début de semaine que la faillite d’un des trois grands de l’auto aurait des conséquences désastreuses sur les banques canadiennes. C’est en moyenne 58 % de leur capital qui disparaîtrait ainsi. L’étude parle de 78 % pour les banques Scotia et de Montréal.

La santé financière des banques serait attaquée de tout bord ; les constructeurs, les concessionnaires, les consommateurs et les fabricants de pièces sont tous lourdement endettés auprès de ces dernières.

John Aikin, de Valeurs mobilières Dundee, se fait rassurant : « L’étude présume que tous les manufacturiers, japonais inclus, seraient touchés, ce qui est peu probable. »

L’analyste rappelle que les banques ne versent qu’environ la moitié (55 %) de leurs profits en dividendes. Ces derniers peuvent donc baisser considérablement avant qu’elles ne coupent leurs dividendes.

« Aucune banque n’osera se lancer la première », soutient M. Aikin.

Il invoque le cas de la Banque Nationale qui a chèrement payé la réduction de son dividende, il y a quelques années. « L’action de la Nationale a pris plusieurs années à s’en remettre », se commémore-t-il.

25 milliards de nouvelles actions !

Denis Moffet, professeur de finance à l’Université Laval, nuance ces propos.

« Plusieurs nouvelles actions ont été émises dernièrement. Or, plus il y a d’actions, plus la tarte est coupée en petits morceaux. Il y aura donc moins de dividendes par action », prévient le professeur.

Affirmation confirmée par un analyste que nous ne pouvons nommer puisque la réglementation lui interdit de commenter les émissions distribuées par son employeur.

« Les autorités viennent de hausser le pourcentage d’actions privilégiées qui peut être inclus dans le ratio de capital minimal que doivent détenir les banques. Dans le contexte actuel, elles sauteront sur l’occasion pour émettre 25 milliards de dollars d’actions », affirmait l’analyste au Journal, début novembre.

Les banques ont émis depuis pour 7,6 milliards de dollars d’actions pour accroître leur capital. Chaque nouvelle émission exerce une pression à la baisse sur les prix. Cette semaine, l’émission de la Banque de Montréal s’est vendue à un prix inférieur de 6 % à la valeur comptable du titre.

Et l’escompte augmente à chaque nouvelle émission, selon les analystes.

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