Des jours difficiles attendent les organisations philanthropiques
Le Journal de Montréal
Les organisations philanthropiques qui comptent sur les dons du public ou les revenus de placements craignent les effets de la crise économique. Selon un spécialiste, elles doivent se préparer à des jours difficiles.
« Nous devons être réalistes. Ce serait naïf de croire que c’est un phénomène à court terme. Il faut se préparer pour une longue crise et une guérison difficile », dit Paul Taylor, chef des placements chez BMO Banque privée Harris.
Les organisations philanthropiques sont confrontées à un double défi. « Leur financement va baisser en raison de la crise économique, mais la demande pour leurs services va augmenter car il y aura plus de démunis », ajoute M. Taylor.
Ce dernier prendra la parole en fin de semaine à Montréal à l’occasion d’un congrès international de philanthropie organisé par Fondations communautaires du Canada. Il tentera de démystifier la crise et parlera de ses répercussions.
Moins de dons d’actions
« Depuis un mois, les projecteurs sont braqués sur les difficultés des marchés financiers, mais nos communautés sont écrasées sous le poids de la crise », dit Monica Patten, présidente et chef de la direction de Fondations communautaires du Canada.
Les entrées en argent sonnant n’auraient pas encore diminué, mais c’est différent pour les dons d’actions. Cette forme de charité est privilégiée par plusieurs investisseurs qui profitent du coup d’avantages fiscaux. Les revenus de placement, principale source de financement des fondations, devraient ainsi s’amoindrir.
Gaston E. Bouchard, directeur du service de la planification des dons à la Fondation du Grand Montréal, voit les bienfaiteurs contribuer de diverses manières : dons en espèces, testamentaires, en oeuvres d’art ou en actions.
Depuis 2001, la fondation a reçu près de 6 millions de dollars en dons d’actions. « Mais en septembre et octobre, nous n’en avons reçu aucun », révèle-t-il.
À l’international aussi Rebecca Davies, directrice du financement chez Médecins sans frontières Canada, se prépare en changeant de stratégie.
« Nous recevons moins de dons sous forme d’actions, alors nous avons décidé d’encourager les dons fixes mensuels et de nous tourner vers des fondations privées. Pour l’instant, notre budget n’est pas atteint, mais nous ne savons pas comment finira l’année », dit-elle.
Chez Oxfam Québec, on reste confiant d’atteindre l’objectif de 3,2 M$ pour 2008 parce que novembre et décembre sont les mois les plus importants pour la collecte de fonds. « En date d’octobre, nous sommes seulement 100 000 $ en bas de nos prévisions », dit Marquis Giguère, directeur des campagnes de financement.
À la section francophone d’Amnistie Internationale Canada, pas de panique, même si les buts fixés ne seront peut-être pas atteints. « Nous ne sentons rien pour l’instant, mais nous ne sommes pas certains pour novembre et décembre », affirme Béatrice Vaugrante, directrice générale.
Même si elle craint que la crise financière ne change les habitudes de dons, elle demeure confiante, vu la panoplie d’options qui s’offrent à ceux qui désirent appuyer le groupe.
cgiguere@journalmtl.com


