Des experts décrient les formules des banques
Le Journal de Montréal
Les ratios utilisés par les institutions financières et la SCHL pour déterminer la capacité de paiement hypothécaire des consommateurs sont loin de faire l’unanimité.
« Il n’y a aucune logique dans les ratios ATD et ABD », tranche l’économiste Marie-Hélène Legault, chargée de cours à l’UQAM et professeure d’accession à la propriété pour l’ACEF de l’Est depuis 17 ans.
À son avis, « ça n’a aucun sens » d’utiliser le salaire brut des gens pour calculer leur capacité à rembourser un prêt hypothécaire. « C’est le même taux d’un bout à l’autre du Canada, alors que les impôts ne sont pas les mêmes partout », souligne-t-elle.
Cet avis est entièrement partagé par Karine Robillard, conseillère budgétaire à Option consommateurs. « Quand on budgète avec le brut, on budgète avec de l’argent qu’on n’a pas dans nos poches. »
De son côté, le syndic Pierre Fortin martèle que les ratios sont des « maximums » et non pas « la norme », comme certains ont tendance à croire. « Une personne ne peut pas toujours être à la limite du possible », dit-il.
Les trois experts estiment donc que les ratios sont trop élevés. « Quand ton ratio total d’endettement (ABD) est de 40 %, il n’y a plus aucune marge de manoeuvre », soutient Karine Robillard, ce qui augmente grandement le risque d’utiliser le crédit pour les achats quotidiens.
Se conformer aux standards
Les spécialistes des budgets ne jettent pas tout le blâme sur les institutions financières pour autant. Elles conviennent que les banques ne font que suivre les directives de la SCHL.
« Pour les banques, c’est l’fun. Le risque est nul, les prêts sont garantis. Elles ne perdent pas un cent, fait valoir Marie-Hélène Legault. Si la SCHL baissait les ratios, les banques ne seraient pas contentes. »
À la SCHL, personne n’a voulu justifier les calculs qui ont mené aux ratios ABD et ATD. La porte-parole Stéphanie Bento nous a plutôt fait savoir que l’organisme fédéral « doit se conformer aux standards du ministère des Finances ».
Fin du 100 % et du 40 ans
Le gouvernement fédéral a tout de même resserré ses exigences en mettant fin, le 15 octobre, à la possibilité d’acquérir une résidence sans mise de fonds. Dorénavant, on exige 5 % de la valeur. La SCHL a également cessé d’assurer les prêts amortis sur 40 ans. Le maximum est de 35 ans.
De bonnes décisions ? « Ce que je trouverais le plus logique, c’est qu’on baisse les ratios et qu’on utilise la capacité de payer réelle des gens », répond sans hésiter Marie-Hélène Legault.
« Le 0 % de mise de fonds avait encore moins de bon sens que les 40 ans d’amortissement, ajoute-t-elle. »
mefournier@journalmtl.com


